ALLOCUTION
DU
PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE AU SOMMET DES CHEFS
D'ETAT
ET DES GOUVERNEMENTS DES PAYS LES MOINS
AVANCES
A BRUXELLES DU 14 AU 18 MAI 2001
Monsieur le Président,
Une fois de plus, nous sommes de nouveau réunis ici pour une Conférence sur les Pays les Moins Avancés, après celles de 1981 et de 1990, toutes deux ayant eu lieu à Paris. Etant donné la portée et la solidité de nos engagements lors de ces conférences antérieures, l'on peut à juste titre se demander ce que l'on pourrait bien ajouter à nos délibérations présentes. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. La liste initiale des P.M.A. établie par la CNUCED et publiée en 1971, contenait 24 pays. Durant le quart de siècle suivant jusqu'en 1995, la liste a connu une augmentation régulière au taux d'environ un pays par an pour atteindre le chiffre de 49. Au cours de cette période, seulement un pays, le Botswana a connu une évolution et a quitté en 1994 le rang de S.P.M.A.
La vaste majorité des pays sont en Afrique, 34 sur les 49, tandis que 9 sont en Asie, 5 dans la région pacifique,1 dans les Caraïbes.
La situation dans laquelle se trouvent les P.M.A est critique. Avec 10% de la population mondiale en 1997, leur pourcentage du volume d'importation mondiale était de seulement 0,6% et le volume d'exportation de 0,4%.
Et
ces taux représentent une baisse de plus de 40 % depuis 1980 et "témoignent
de la marginalisation croissante des P.M.A. ”.
Plus
inquiétant encore, 16 autres pays ont été identifiés comme répondant à
certains des critères définissant le statut des P.M.A. Si leurs économies
continuent à se dégrader, ils pourraient tout aussi bien venir grossir le
rang des PMA.
Parmi
les 16 pays, l'on trouve certains des pays les plus grands et les plus peuplés
de l'Asie, d'autres de l'Amérique Centrale et cinq autres pays Africains ;
par conséquent et en considérant ce qui précède, la liste des P.M.A.
pourrait raisonnablement atteindre 67 pays, soit 1/3 (35,6 %) des pays membres
des Nations-Unies. S'il y a un facteur critique qui identifie un P.M.A., c'est
bien la pauvreté. La pauvreté affecte presque tous les aspects de l'économie
du PMA, sa capacité à éduquer ses habitants, à les former, à assurer leur
santé, à leur fournir emplois et services sociaux et à s'imposer comme des
marchés attrayants pour l'économie globale.
La
pauvreté est la question centrale. Qu'un milliard de personnes dans le monde
survivent avec un dollar par jour ou moins (65 cents pour 400 Millions en
Afrique) est un fait bien connu. Par conséquent, beaucoup de pays pauvres ont
des revenus bien trop bas pour générer des ressources domestiques adéquates
et attirer des taux modérés d'investissement et de croissance. Les
infrastructures et les services sont pauvres et faibles. Chemins de fer, électricité,
routes, communications (téléphones, Internet) etc...
Monsieur
le Président,
Les
pays pauvres font face à une difficulté majeure. S'il est vrai que
l’importance accordée à la stimulation de l'exportation et à des marchés
plus ouverts dans le monde industrialisé est justifiée et que cela doit être
réalisé , il faut dire que beaucoup des pays les plus pauvres ne peuvent guère
en profiter du fait de la nature sous-développée de leurs économies
productives et de leur dépendance de quelques produits. Etant donnée la baisse régulière
des prix des produits, combinée au manque de ressources et de fonds pour
diversifier leurs économies, la libéralisation du marché et la promotion
des investissements ne peuvent guère offrir que peu de bénéfices. Là
encore, la question centrale, c'est la pauvreté. L'attention particulière
accordée au marché et à l'investissement est une manœuvre subtile qui sert
d'échappatoire aux pays industrialisés, leur permettant ainsi de contourner
la réalité : le besoin d'une aide au développement substantielle destinée
aux P.M.A.
D'autre
part, de niveaux élevés de dette interne et externe suscitent d'autres
craintes pour les investisseurs, qui doutent qu'ils puissent réaliser de
profits. Beaucoup de pays risquent de tomber dans une situation où le
paiement des dettes consommera une part considérable de leur PNB, mettant
ainsi en péril leur viabilité même et leur existence.
En
1981, reconnaissant la dégradation économique dont souffrent les pays
pauvres de la planète et la nécessité d'une action globale commune pour
renverser la tendance, les Nations-Unies ont convoqué la première Conférence
des Pays les Moins Avancés - La Conférence a unanimement adopté un
Programme d'Action pour les P.M.A. dans les années 80 ;élaborer des
orientations pour l'action nationale des P.M.A. et des mesures
d'accompagnement internationales parallèles.
Cependant,
en dépit des efforts déployés, la situation économique des P.M.A. au cours
des années 1980 a continué à se dégrader.
Cela
a conduit à la seconde Conférence sur les P.M.A., sur la base des
recommandations de la CNUCED, de nouveau à Paris en 1990, et une autre déclaration
de Paris et un Programme d'Action pour les années 1990 !
Le
Programme d'Action de la Conférence de 1990 a reconnu la nécessité de mécanismes
de suivi et de contrôle pour soutenir les efforts de développement des
P.M.A.
Un mécanisme à trois dimensions, destiné à couvrir les suivis nationaux, régionaux
et globaux a été instauré pour contrôler l'application effective du
programme. Néanmoins, un rapport datant du milieu des années 90 a conclu que
les P.M.A. continuaient d'être marginalisés et par la résolution 52/187 du
18 Décembre
Néanmoins,
un rapport datant du milieu des années 90 a conclu que les P.M.A.
continuaient d'être marginalisés et par la résolution 52/187 du 18 Décembre
1997, l'Assemblée Générale a appelé à la tenue de cette troisième Conférence
des Nations-Unies sur les P.M.A.
Nul
doute que les raisons majeures expliquant cette stagnation soient
principalement dues à notre instabilité politique, les tensions sociales,
l'absence de bonne gouvernance, l'intolérance et la mauvaise gestion de l'économie.
Nous avons énormément œuvré au fil des années pour éliminer certains de
ces facteurs. Cependant, l'engagement international en faveur des P.M.A. fait
défaut en ce qui concerne l'aide au développement. Par conséquent, au cours
des années 90, peu des P.M.A. ont pu réaliser le degré de transformation
structurelle nécessaire pour sortir du rang des P.M.A.
Monsieur
le Président,
A
la suite des délibérations du Comité International Préparatoire l'année
dernière, des ONG clé ont noté dans leur analyse : “ un examen des
accords des deux conférences précédentes de 1981 et de 1990 fait clairement
ressortir que peu de progrès a été accompli au cours des 20 dernières années”.
Selon
leurs analyses, les chances étaient grandes que cette troisième Conférence
ne fasse guère mieux que réitérer une série de promesses vides.
Selon
elles, l'annulation de la dette s'est faite à un rythme extrêmement lent et
montre jusqu'ici des maigres résultats. Le contexte mondial dans lequel les
P.M.A. doivent survivre est de moins en moins favorable, alors que la création
de l'OMC n'a guère pris en compte leurs intérêts et la globalisation de l'économie
mondiale signifie plus que jamais que le riche sera de plus en plus riche
tandis que le pauvre, comme certains le disent, n'aura que des bébés. Bien
que la troisième Conférence se tienne à un moment opportun, les défis
auxquels nous devons faire face n'ont jamais été aussi grands. Pour toutes
ces raisons, les conséquences d'un échec seront d'autant plus dramatiques.
Dans
ce contexte, il nous semble extrêmement important de répondre à l'appel
lancé par la CNUCED pour une augmentation conséquente et soutenue des
volumes de l'Aide au Développement Extérieur annuelle (ADE) à destination
de l'Afrique ; le double des 10 Milliards de dollars actuels, soit 20
Milliards.
Si
les recommandations de la CNUCED sont prises en compte et suivies pendant une
ou deux décennies, la croissance projetée des économies de l'Afrique sera
de 6 % par an, un taux qui stimulerait et accroîtrait les épargnes
nationales et les investissements privés externes à telles enseignes que
l'Afrique pourrait se passer de l'Aide au Développement Extérieur.
Des
épargnes nationales faibles et des flux d'investissements peu réguliers
forcent l'Afrique à dépendre de l'aide et de la dette, réduisant ainsi sa
capacité à se développer.
Oui,
la nécessité est grande de mettre en place un fonds spécial conséquent
pour les P.M.A. selon les schémas indiqués par la CNUCED.
Une
autre proposition souhaitable serait celle soumise par le comité d'Assistance
au Développement de l'OCDE ; “de lier" l'aide aux 48 pays les plus
pauvres. Actuellement, la majeure partie de l'aide fournie est dépensée dans
le pays donateur, la plupart du temps pour des équipements et les frais
d'experts qui reviennent souvent très chers, réduisant ainsi sérieusement
les bénéfices de l'aide.
A
la baisse de l'Aide au Développement Extérieur (ODE) doit être ajoutée la
conditionnalité accrue de la Banque Mondiale et des prêts du FMI aux PMA.
Cela est d'autant plus surprenante qu'une récente étude sur l'Afrique a
montré qu' "imposer des conditions pour forcer les P.M.A. à adopter des
réformes impopulaires n'a pas, dans beaucoup de cas, produit les résultats
escomptés”. Le rapport confirme que des décennies de conditions de prêt de
plus en plus serrées et complexes n'ont pas produit de résultats. Là où
les P.M.A. ont
peu contrôle sur leurs stratégies de développement
national du
18 Décembre 1997 , " même les aides les plus généreuses et
animées des meilleures intentions n'auront que peu ou pas d'impact du tout
sur la qualité de vie des populations”.
Tant
que l'épée de la conditionnalité sera suspendue au-dessus des stratégies
de réduction de la pauvreté, une réelle appropriation de ces programmes par
les P.M.A. ne pourra être effective. Les Papiers de la Stratégie de Réduction
de la Pauvreté de 1999 (PSRP) du Groupe Bancaire, ont essayé d'imprimer un
semblant d'appropriation des P.M.A. de leurs réformes économiques en définissant
des priorités économiques et sociales qui leur sont propres.
Même
là, les conditions imposées sont strictes et ceux qui respectent
scrupuleusement les mesures prescrites dans les réformes économiques reçoivent
des prêts supplémentaires alors que ceux qui y échouent, sont sanctionnés
par la suspension des fonds.
Monsieur
le Président,
Au
cours des deux dernières décennies, nous avons eu deux Conférences
similaires et avons passé énormément de temps à examiner et à évaluer les
résultats de nos efforts. Pourtant, pour beaucoup de P.M.A., l'aide au Développement
Extérieur continue à baisser ; les barrières et les obstructions aux échanges
commerciaux ne sont toujours pas levées ; l'investissement privé reste négligeable
et les niveaux de la dette restent élevés.
Si
en effet, comme l'affirme la CNUCED, il s'agit seulement d'une à deux décennies
de transferts substantiels, l'équivalent de cinq cents pour 100 $ des pays
riches du monde, la prochaine conférence devrait être tenue pour confirmer
les progrès accomplis et si besoin est, une toute dernière pour déclarer
officiellement la fin de la pauvreté mondiale!
Nos
efforts conjoints doivent être dirigés pour propulser le monde entier dans
l'économie globale. Faisons preuve de sérieux ! La situation actuelle est
intenable. Elle constitue une menace grave à la paix et à la sécurité
mondiale, à notre santé, au niveau de vie de chacun et surtout, à notre
sens de la compassion et de l'humanité.