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ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

DEVANT L’ASSEMBLEE GENERALE DE LA F.A.O.

 

 

ROME, LE 10-13 JUIN 2002

 

 

Excellences, Mesdames, Messieurs les Chefs d'Etat et de Gouvernement,

 

Excellences, Mesdames, Messieurs les Délégués,

 

Monsieur le Président,

 

Permettez-moi d'exprimer ma sincère gratitude au Gouvernement et au peuple italien pour l'accueil chaleureux et les marques d'attention dont ma délégation et moi-même faisons l'objet depuis notre arrivée dans cette belle citée de Rome.

 

Notre présence ici aujourd'hui témoigne une fois de plus du rôle de coordonnateur et de rassembleur que l'Italie ne cesse de jouer au sein de cette chaîne de la solidarité mondiale qui se met progressivement en place dans notre combat commun contre la pauvreté et la famine. Je voudrais également rendre hommage à M. Jacques DIOUF, Directeur Général de la FAO dont je salue la vitalité, l'enthousiasme et la remarquable efficacité.

 

Monsieur le Président,

 

En septembre 2001, à l'occasion du Sommet du Millénaire, les nations du monde avaient formulé la promesse de faire reculer la pauvreté dans le monde d'ici l'an 2015. Atteindre ces objectifs sera bien sûr, une tâche ardue dans un contexte où à un chômage persistant s'ajoute une grave crise économique au milieu de poussées récurrentes d'insécurité alimentaire. Néanmoins, les nations du monde s'y attellent avec la conviction que l'action transformatrice de l'homme et la solidarité internationale pourront nous aider à faire face aux défis et aux menaces de toutes sortes qui planent sur l'avenir.

 

En République de Djibouti, les conditions climatiques extrêmement sévères ont une incidence négative sur les ressources naturelles, caractérisées notamment par :

 

- la rareté des sols fertiles ;

- la salinisation des eaux et des terres ;

- l'exode rural des nomades grossissant le rang des chômeurs dans la capitale.

 

Ceci se traduit naturellement par un déficit de la production agricole engendrant une insécurité alimentaire.

 

Comme je viens de le mentionner, la disponibilité en eau constitue le principal facteur limitant du développement rural en République de Djibouti.

 

C’est, la raison pour laquelle mon Gouvernement accorde la plus grande importance à la mobilisation des ressources en eaux notamment grâce à l'acquisition d'équipements hydrauliques au profit des populations rurales.

 

Cette évolution se caractérise également par le fait que l'Etat encourage de plus en plus la participation des bénéficiaires à la réalisation, la gestion et la maintenance des ouvrages hydrauliques mis à leur disposition, afin d'en assurer la pérennité.

 

C'est dans ce contexte que le Gouvernement a créé, l'an dernier, Le Fonds National de l'Eau afin de faciliter l'accès à l'eau potable pour l'ensemble de la population, en particulier en milieu rural.

 

Le séminaire sur l'action Gouvernementale qui s'est déroulé à Djibouti du 3 au 10 février 2002, a été l'occasion d'un large débat regroupant l'ensemble du Gouvernement et la société civile et ce afin de procéder aux réformes et aux réorientations nécessaires dans le développement économique et social du pays. En intégrant cette écoute et cette réception, dans nos efforts, les propositions qui en émergeront auront toutes les chances de s'imposer et d'être couronnées de succès.

 

Des programmes de lutte contre la pauvreté rurale se mettent progressivement, notamment dans le cadre :

 

- de l'Agence Djiboutienne d'Exécution de Travaux d'Intérêt Public;

- du Fonds Social de Développement particulièrement en faveur des O.N.G. et organisation de femmes.

 

L'objectif global de cette stratégie vise à donner aux communautés locales des capacités leur permettant de favoriser un développement axé sur les gens.

 

En collaboration avec la FAO, la Banque Islamique de Développement et le Gouvernement Egyptien ; le Programme Spécial pour la. Sécurité Alimentaire devrait démarrer très prochainement. Ce projet est destiné en particulier aux petits agriculteurs éleveurs et pêcheurs.

 

De même, un projet pilote de micro-finance en milieu rural sera exécutée conjointement avec le Fonds International de Développement Agricole (FIDA) dans les prochains mois en attendant la phase d'extension d'une durée d'environ 10 ans et dont les bénéficiaires seront des coopératives ou des particuliers en zones rurales pour la réalisation de micro-entreprises.

 

Monsieur le Président,

Chers Collègues,

 

Les politiques entreprises au niveau national ou régional ne pourraient à elles seules suffire pour redresser et améliorer le niveau de la production agricole et de l'alimentation dans les pays en voie de développement.

 

Ensemble, nous devons réfléchir aux moyens d'accélérer l'application du Plan d'action du Sommet sur l'Alimentation Mondiale adopté en 1996 qui démontre, sans contestation possible, que l'option fondamentale consciente et délibérée, en faveur de la solidarité internationale, aura un impact considérable dans notre lutte pour l'éradication de la faim dans le monde.

 

A l'aube de ce IIIème millénaire, la globalisation et les progrès vertigineux des sciences et des technologies, notamment dans le domaine de nouvelles technologies de l'information ; nous risquons de voir se creuser davantage, le fossé qui sépare les pays industrialisés et les pays en voie de développement d'une part, les classes aisées et les populations pauvres dans les pays les moins avancés, d'autre part.

 

Pour réduire ces fossés, deux opportunités s'offrent à nous :

 

- La première réside dans les négociations commerciales multilatérales sur l'agriculture dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et dans le cadre Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD).

 

Ces négociations devraient aboutir notamment au transfert de technologies et des résultats de la recherche agronomique pour augmenter la production agricole dans les pays en voie de développement. A ce propos nous tenons à rendre hommage au Directeur Général de la FAO, Monsieur Jacques DIOUF pour sa persévérance ayant permis l'adoption lors de la 31ème Session de la FAO en novembre dernier, du Traité International sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture.

 

Toutefois, nous constatons que certains obstacles entravent l'accès au marché des exportations agricoles des pays en voie de développement.

Parmi ces obstacles, je citerai : les droits de douanes prohibitifs, et l'escalade des tarifs.

 

Dans ce domaine, il est indispensable :

 

- de réduire les droits de douanes et les tarifs pour les produits susceptibles d'être exportés par les pays en voie de développement ;

- d'accroître l'accès au marché pour les exportations agricoles des pays en voie de développement.

 

Dans le domaine de la concurrence à l'exportation, les mesures suivantes devraient être prises pour un commerce équitable, à savoir :

 

• Des réductions supplémentaires des subventions aux exportations notamment des produits agricoles ;

• Resserrement de mesures anti-contournement ;

• Resserrement des règles sur les restrictions à l'exportation des pays exportateurs.

 

*La seconde opportunité à trait à la réduction ou à la suppression de la dette extérieure, en particulier en faveur des pays les moins avancés dont les effets asphyxient les économies des pays en voie de développement.

 

L'application, même partielle des mesures susmentionnées, contribuerait grandement à changer radicalement d'une manière positive la situation de l'agriculture, de l'alimentation et de la pauvreté dans les pays en voie de développement. Elle soulignerait également, dans les faits et non seulement en paroles, la volonté sincère de la communauté internationale de contribuer à instaurer un nouveau type de relations sur une base égalitaire.

 

Monsieur le Président,

Dans les années 1970-1980, les Sommets et les Conférences Internationales porteurs d'espoir pour l'humanité, clamaient haut et fort les slogans suivants :

 

- Santé pour tous en l'an 2000 ;

- Education pour tous en l'an 2000 ;

- Réduction et élimination de la faim et de la malnutrition dans le monde.

 

Trente ans plus tard, force est de constater :

 

- Que plus de 240 millions d'enfants de moins de quinze ans travaillent au lieu d'aller à l'école ;

- Que des centaines de millions de personnes n'ont pas accès aux soins médicaux notamment celles atteintes par le SIDA.

- Que plus de 800 millions de personnes souffrent de sous alimentation chronique. Ainsi, trouver suffisamment de quoi se nourrir est un défi quotidien pour plus de trois milliards de personnes sur cette planète.

 

Et ce, bien que l'agriculture mondiale ait considérablement progressé depuis ces 30 dernières années.

 

L'ampleur, la fréquence et parfois les violences constatées lors des manifestations anti-mondialisation en marge des Sommets et des Grandes Conférences Internationales sur le Développement, témoignent de l'exaspération des segments les plus vulnérables de nos sociétés.

 

Je vous remercie de votre attention ! Car la pauvreté et la misère constituent un vivier où prospèrent les sentiments de frustration et de marginalisation pouvant conduire dans certains cas à l'accomplissement d'actes terroristes aveugles.

 

En conclusion, j’ose espérer que notre Sommet Mondial de l'Alimentation, cinq ans après, pourra prendre des décisions concrètes pour faire renaître la confiance et l'espoir dans le cœur de ces milliards d'individus minés par la peur, l'angoisse et l'insécurité.