Remonter

 

DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR ISMAIL OMAR GUELLEH,

PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, DEVANT LA 55ème SESSION DE

 L'ASSEMBLEE GENERALE DES NATIONS UNIES

 

Le 12 septembre 2000

Monsieur le Président,

 

Au nom du peuple de Djibouti, c'est avec un grand plaisir que je présente mes sincères salutations à tous ceux ici présents pour cette Assemblée du Millénaire. J'aimerais également, Monsieur le Président, vous présenter nos félicitations à l'occasion de votre élection. Votre expérience, qui est vaste et variée, sera fort utile à cette Assemblée.

J'aimerais également manifester notre gratitude à votre prédécesseur, M. Theo-Ben Gurirab de Namibie, pour ses travaux exemplaires et pour ses succès, ainsi que pour la compétence et l'engagement dont il a fait preuve en accomplissant cette tâche. Il est clair que les succès de la cinquante-quatrième session sont en grande partie dus à son leadership, à son dévouement et aux efforts inlassables dont il a fait preuve.

Monsieur le Président,

Aucune organisation ne peut survivre bien longtemps, et en particulier une organisation comme les Nations Unies, lorsqu'elle est assiégée par des demandes de plus en plus pressantes et que ses ressources se font plus rares, sans un leadership habile, tenace et créatif. Les Nations Unies ont encore traversé de nombreuses épreuves et vicissitudes au cours de l'année écoulée : il lui a fallu rétablir paix, faire face à des guerres, des conflits, des catastrophes naturelles, des maladies, s'occuper de développement - la liste est longue. Pourtant, le Secrétaire Général, M. Kofi Annan, a réussi à renforcer l'Organisation et à faire en sorte qu'elle réponde mieux aux exigences de notre temps. Sous sa direction éclairée, les Nations Unies continuent à jouer un rôle crédible et constructif au niveau international. C'est une chance pour nous.

Comme il s'agit de la dernière session de l'Assemblée générale de la décennie, du siècle et du millénaire, le moment ne pourrait pas être mieux choisi pour examiner l'état du monde et les conditions de vie de ses peuples. Les Nations Unies, comme les États Membres, ont exprimé le désir de voir s'installer une synergie et une énergie nouvelles à l'arrivée du nouveau millénaire afin de pouvoir faire face plus efficacement aux problèmes critiques auxquels notre planète est confrontée. Nous avons bien compris que l'énergie que nous consacrerions à relever le défi qui consiste à donner aux habitants de la planète un monde meilleur, plus sûr, dans un environnement plus sain, était décisive pour l'avenir de l'humanité. À bien des égards, la question reste toutefois ouverte.

C'est peut-être un signe des temps, mais force est de constater que notre monde est en proie aux ravages d'une maladie, dans ce cas particulier le sida. Cette épidémie meurtrière n'a pas fini de faire des ravages. Nous sommes bien conscients du terrible tribut qu'elle prélève, particulièrement en Afrique, où elle décime la jeunesse, les classes professionnelles, la main-d'œuvre, ainsi que les systèmes de santé. Cette épidémie est un test qui permettra de juger de la détermination de la communauté internationale à réagir face aux crises.

Monsieur le Président,

L'an dernier, j'ai pu constater que le dialogue avait été renoué entre la Palestine et lsraël. Les perspectives de voir le Moyen-Orient s'engager sur une nouvelle voie s'annonce donc prometteuses. Bien que les récentes négociations de paix de Camp David n'aient pas encore repris, de grands progrès ont été accomplis en termes d'évaluation de l'envergure et de la diversité des problèmes à débattre. On a au moins pu constater qu'une certaine confiance avait été rétablie et que les deux parties faisaient preuve d'une volonté affirmée de discuter des principaux problèmes liés au règlement final du conflit, tels que les frontières, les peuplements, l'eau, les réfugiés, la souveraineté et surtout le statut de Jérusalem. Il est toutefois difficile d'imaginer un règlement qui ne donne pas aux Palestiniens le contrôle de Jérusalem-Est. Le fait qu'Israël continue à revendiquer l'ensemble de la ville, y compris le contrôle des lieux saints musulmans de la vieille ville, adjacente aux quartiers musulmans et chrétiens, et de plusieurs villages arabes ne peut qu'entraver le processus de paix.

Quel que soit le regard que l'on porte sur le Moyen-Orient, il est impossible de ne pas mentionner la grande perte subie par la Syrie et le monde avec le décès du Président Hafez Assad, qui a servi si longtemps son pays. Nous présentons nos meilleurs voeux au nouveau Président Bachar Assad pour le succès de ses efforts visant à suivre la voie tracée par son illustre père.

Monsieur le Président,

L'an dernier, dans mon allocution, j'ai parlé de la propagation et de l'intensité des guerres, des mouvements rebelles et des groupuscules, ainsi que des combats entre factions en Afrique. Malheureusement, même si les choses ont un peu évolué, l'incertitude demeure. Par chance, les combats ont cessé entre les voisins de Djibouti, l'Éthiopie et l'Érythrée, et le redéploiement des troupes, ainsi que le déploiement des observateurs des Nations Unies devraient intervenir rapidement dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu conclu sous les auspices de l'OUA. Le nombre de personnes qui ont trouvé la mort lors de ces hostilités et la destruction qu'elles ont occasionnée dépassent l'entendement et le spectacle des innombrables civils des deux pays, qui ont dû quitter leurs foyers, qui ont perdu leurs moyens de subsistance et qui vivent dans des camps surpeuplés, est tout simplement affligeant. Il est grand temps que les pays membres de l'IGAD essayent d'imposer une paix globale et fassent cesser les hostilités dans cette sous-région, de façon à pouvoir s'atteler ensemble au problème du développement et relever les graves défis que représentent les catastrophes écologiques, comme la sécheresse qui menace actuellement.

Dans d'autres régions d'Afrique, le conflit persiste en Angola, bien que les forces gouvernementales semblent prendre le dessus. En ce qui concerne le conflit qui sévit au Sierra Leone, l'intérêt que manifeste soudain la communauté internationale en voulant empêcher les belligérants de vendre les précieuses ressources minières de leur pays sur les marchés mondiaux devrait, avec un peu de chance, limiter leurs capacités de faire la guerre. Ce devrait être le cas en particulier pour ces deux pays. Nous nous félicitons des mesures prises par le groupe De Beers et par les autorités belges visant à fermer l'accès des marchés internationaux à ces produits sanglants. Il faut prendre des mesures similaires pour d'autres matières premières.

Indubitablement, la plus grande menace qui pèse actuellement sur ce continent est au centre, au Congo, où le cessez-le-feu conclu l'an dernier a connu bien des revers. Les Nations Unies n'ont pas pu déployer leurs troupes comme prévu. Les pourparlers entre le Gouvernement et l'opposition semblent au point mort, faisant surgir le spectre dangereux d'un retour à la guerre civile, ce qui pourrait être catastrophique pour l'ensemble du continent. Le peuple en détresse de cette nation mérite un peu de répit pour échapper à l'instabilité et à l'insécurité et reprendre une vie normale.

Dans tous ces domaines critiques, que ce soit la crise du sida, la pauvreté qui continue de se propager, les guerres, les problèmes écologiques, les violations des droits de l'homme, les armes de destruction massive et le non développement, les Nations Unies sont la seule organisation à avoir suffisamment d'expérience et de savoir-faire pour polariser et peaufiner les travaux disparates entrepris par l'humanité.

Les décisions concernant le maintien de la paix et de la sécurité internationales sont entre les mains du Conseil de sécurité qui, avec l'explosion du nombre d'États Membres des Nations Unies intervenue au cours des trois dernières décennies, est devenu un organe peu représentatif. Si l'on veut rétablir la confiance dans ses décisions, il faut à tout prix élargir le nombre d'États membres, tant permanents que non permanents, en permettant à des pays développés et non développés de devenir membres permanents du Conseil. Le Conseil devrait également disposer de meilleurs services de renseignements sur les régions instables et d'une capacité d'intervention rapide. En outre, en cas de crises humanitaires graves, les mesures visant à limiter la propagation et l'impact des conflits doivent être prises de manière sélective, au cas par cas, mais par tous les membres.

Monsieur le Président,

Comme l'an passé, j'ai l'intention de m'étendre sur le problème somalien et je réclame à nouveau l'indulgence de cette Assemblée. À cette époque, la Somalie était au bord de la désintégration totale, après plusieurs années de paralysie politique. Des mesures urgentes s'imposaient pour inverser cette tragédie, une tragédie à laquelle la communauté internationale était devenue pratiquement indifférente. On en était arrivé à attendre simplement que les chefs de guerre s'éliminent les uns les autres, jusqu'à ce que l'un d'entre eux remporte la mise et que l'on puisse traiter avec lui.

Entre temps, ces individus ont systématiquement démantelé, détruit et pillé la nation somalienne, faisant fi des innombrables appels les adjurant de renoncer à leur comportement coupable et criminel. Cela ne pouvait plus être toléré. Le peuple s'est enfin exprimé. Il a refusé cette incertitude et cette aberration dont il ne voyait pas la fin. Il était à bout de force. Il a voulu se doter d'un gouvernement, il a opté pour la loi et l'ordre, et pour un avenir sûr. C'est pourquoi nous exhortons la communauté internationale à respecter la volonté du peuple somalien et à refuser de continuer à coopérer avec les éléments destructeurs qui ont fait que la Somalie est devenue synonyme de chaos et de violence.

La Somalie en tant que nation, en tant qu'entité, semblait condamnée à une mort lente. Elle n'attendait plus aucune intervention régionale ou internationale, et n'espérait plus de changement positif dans l'attitude des chefs de guerre. Pour sauver la Somalie, il fallait donc se départir des pratiques habituelles, qui consistaient à traiter avec les habituels représentants du peuple imbus d'eux-mêmes. Plutôt que de leur donner une nouvelle occasion de jouer un double jeu, j'ai estimé que le moment était venu de les ignorer et qu'il était temps de donner des moyens d'action au peuple somalien ; qu'il était temps que le peuple somalien prenne son destin en main. Il fallait organiser une conférence à laquelle tous les acteurs seraient conviés et qui aurait pour objectif le rétablissement de la paix, du gouvernement, de la légitimité et la reconstruction. Une réconciliation véritable pour toutes les couches de la société somalienne était, d'après moi, un bon moyen de tirer parti de l'état d'esprit du peuple somalien, qui rejetait à une majorité écrasante le statu quo. Un désir ardent de voir les choses évoluer se manifestait enfin ; un désir de changement qui transformerait la vie de la population, qui rétablirait le respect, la dignité et l'intégrité, qui serait synonyme de paix, de sécurité et de développement. Pour la première fois, une autre option était en vue, loin du pouvoir des baïonnettes, en donnant enfin le pouvoir au peuple.

Le processus de paix devait englober l'ensemble du pays, même les régions qui jouissaient d'une paix et d'une sécurité relatives. Il devait être global, ouvert et transparent, et n'exclure aucun individu, groupe, secteur ou région.

Mais au-delà de la réconciliation générale, le but était de créer un cadre national pour mettre en place une administration représentant équitablement le peuple, de protéger ses valeurs et ses droits fondamentaux et de garantir la liberté et la justice pour tous. La Somalie était après toute une nation qui avait pu se passer de gouvernement pendant la plus longue période de l'ère moderne, après l'effondrement de l'état. C'était un pays où les fusils avaient fait loi, où la soif de pouvoir et la vengeance avaient régné jusqu'à ce que la peur et la cruauté aient éliminé toutes les possibilités de rétablir la paix. Le résultat prévisible était un effondrement social et institutionnel inégalé au cours de ce siècle.

Les principaux aspects du processus de paix proposé par l'IGAD sous la houlette de Djibouti reposaient sur une approche ascendante, faisant appel à la participation des collectivités, comportant des périodes de discussion afin de consolider peu à peu les acquis. Ce processus fut non seulement difficile, lent, douloureux, frustrant et visiblement fragile à certaines époques, mais il se heurta encore au scepticisme et à l'indifférence de la communauté internationale. Pendant toute cette période, nous avons insisté sur l'ouverture, l'indépendance et l'intégrité du processus, de façon à permettre à la majorité des Somaliens sans armes, notamment les anciens, les chefs traditionnels et religieux, les intellectuels, les femmes, les hommes politiques, les jeunes et la société civile en général, de s'approprier le processus. Nos efforts ont donc visé à sauvegarder le cadre conceptuel et à rejeter toutes les offres d'assistance, conditions matérielles ou autres, tout en restant ouverts ou réceptifs aux idées ou propositions qui approfondissaient et enrichissaient le processus.

La conférence fut le point culminant d'une série de consultations, réunions, symposiums et contacts qui s'étaient déroulés au cours des six mois précédents. Elle avait pour but de surmonter et de résoudre certains problèmes très sensibles qui divisaient la population. Ces préparatifs minutieux et approfondis qui ont, il est vrai, coûté très cher, étaient nécessaires pour panser les plaies d'un passé douloureux et donner des garanties et une protection politiques et humanitaires. Il ne faudra plus jamais tolérer le type de violations des droits de l'homme dictées par la haine et les abus de pouvoir flagrants qui ont détruit ce pays. S'il est vrai que ce processus a pris du temps et s'est déroulé en plusieurs phases, il a toutefois permis aux délégués d'examiner tous les aspects de l'effondrement de la Somalie, avec la ferme volonté de faire à nouveau régner la paix dans le pays.

La pierre angulaire du processus fut sans aucun doute le rôle essentiel joué par les chefs traditionnels, surtout en ce qui concerne la réconciliation la plus large possible entre les clans somaliens. Pendant de longues périodes qui se chiffrent en années, ils n'ont pratiquement eu aucun contact, ce qui leur a permis d'accumuler des griefs pendant toute la durée du conflit. Pas à pas et douloureusement, des questions politiques complexes ont été abordées lors de cette conférence, en essayant de calmer une profonde animosité et de contourner des attitudes implacables.

La première phase extrêmement critique de la conférence débuta le 2 mai pour s'achever au début du mois de juin. Ce fut la phase la plus importante et la plus cruciale car il faut se rappeler que plus de 200 anciens et chefs traditionnels de toutes les régions du pays se réunissaient pour la première fois, non pas en 10 ans, mais de toute l'existence même de la Somalie en tant qu'État, pour essayer d'effacer 10 ans de frustrations, de peur, de colère, de suspicion, de méfiance, et de haine, sans avoir jamais eu aucun contact auparavant. Lentement, l'héritage du passé à pu être surmonté et remplacé par un idéal commun, la recherche d'un nouveau destin et le sentiment qu'il fallait agir à tout prix. Grâce à la sagesse, à la ténacité et à la sincérité de ces anciens, il a été possible de sceller la réconciliation et d'établir des structures solides pour entamer la deuxième phase. C'est alors que des choix politiques indispensables ont pu être mis en place.

La deuxième phase débuta le 15 juin, avec la participation de plus de 2 000 délégués. Le cadre de cette conférence était peu commun puisqu'elle se déroula sous une tente géante. Rien ne permettait de dire à quelle classe sociale les participants appartenaient. Il y avait des femmes, des représentants de toutes les minorités, un certain nombre de chefs de guerre et, bien entendu, toute la mosaïque des clans qui composent la Somalie. Les réunions furent diffusées par satellite et sur Internet pour permettre aux Somaliens du monde entier de suivre l'évolution des débats. Les participants étaient plus nombreux que les habitants d'Arta, le principal lieu de villégiature du pays, situé sur les hauteurs, qui a accueilli la conférence. Pratiquement tous les habitants ont contribué d'une manière ou d'une autre à la conférence, notamment en accueillant sous leurs toits cet afflux soudain de visiteurs.

Cette phase de la conférence a permis d'aborder plusieurs problèmes comme la guerre civile, les droits de l'homme, l'apaisement et la réconciliation, l'économie, la structure politique, le désarmement, les mécanismes de transition, tels que la constitution provisoire, la législation le gouvernement et le système judiciaire, etc. Peu à peu, un mouvement irréversible avec le sentiment de renaître s'installèrent. En réalité, ce fut comme si la Somalie accédait une seconde fois à l'indépendance, non pas en se libérant du colonialisme, mais du chaos et du désespoir absolu.

Au bout d'un mois de négociations et de débats intensifs, une constitution provisoire, ou charte, fut adoptée. Elle établissait notamment le nombre de représentants, y compris le quota de femmes, qui siégeraient à la nouvelle assemblée et les modalités de leur élection. Cette étape importante du processus marqua le début d'un véritable effort de réconciliation à l'échelle de la nation car un certain nombre d'aménagements avaient été prévu, notamment un système fondé sur la structure de clans comme mécanisme politique de partage du pouvoir pendant les trois ans que durera l'autorité provisoire. L'Autorité nationale de transition qui en résultat est donc un mécanisme que tant les parties favorables au processus que les fauteurs de troubles devraient pouvoir utiliser. Toutefois, le processus de réconciliation ou les nouvelles institutions ne devraient pas servir à protéger ceux qui se sont rendus coupable de méfaits ou de crimes de guerre. Voilà l'un des défis que les futurs gouvernements constitutionnels de la Somalie devront relever.

Monsieur le Président,

Le 26 août 2000 est une date mémorable qui restera à jamais gravée dans le cœur et l'esprit des Somaliens. Ce jour-là, le parlement provisoire somalien, a élu le premier président du pays après un vide de plus de 10 ans. Avec un total de 25 candidats au départ, l'élection s'est achevée après plusieurs tours et plus de 10 heures de tractations et de négociations électorales pour obtenir le gain de plusieurs voix au sein de l'Assemblée et obtenir la majorité requise. Il va sans dire, que l'intérêt des Somaliens pour la conférence et pour ces élections, a été rehaussé par une couverture radiophonique et des télévisions par satellite pour permettre à tous les Somaliens où qu'ils soient de suivre ces élections et les débats qui l'ont précédé depuis le début du processus.

L'homme du jour est Abdiqassim Salad Hassan, le nouveau Président de la Somalie, un homme politique chevronné, raffiné et très expérimenté, qui a déjà fait preuve de ses compétences lors d'une série de contacts politiques et d'entretiens, tant en Somalie qu'à l'extérieur. Je lui présente mes félicitations les plus sincères et l'accueille, ainsi que sa délégation, avec le plus grand enthousiasme au sein de cette auguste assemblée. Quel bonheur de voir la Somalie reprendre la place qu'elle aurait toujours dû occuper au sein de la communauté des nations ! Le fait d'avoir enfin un président remplit tous les Somalis d'une joie qu'ils manifestent avec exubérance ; la population danse et chante dans les rues ; on a même parlé de fête nationale spontanée. Nous exprimons notre profonde gratitude aux pays membre de l'IGAD et au Yémen qui étaient représentés au plus haut niveau lors de la cérémonie d'investiture du nouveau président ; nous sommes également reconnaissants à l'Arabie saoudite, à la France, à l'Egypte, à la Libye, à l'Italie, au Koweït, à l'OUA, à la Ligue des États arabes et à l'Organisation des Nations Unies d'avoir envoyé des délégations de haut niveau à cette occasion, et bien sûr à l'ensemble de la communauté diplomatique à Djibouti pour sa présence et son soutien indéfectible.

Monsieur le Président,

Il va de soi que nous rendons hommage au réalisme et à la grande compréhension dont ont fait preuve pendant tout ce processus les voisins immédiats de la Somalie, à savoir l'Éthiopie et le Kenya. Les encouragements et l'appui sans faille du Secrétaire général et de son équipe compétente, tant à New York que dans la région, en particulier de son Représentant spécial, M. David Stephen et de son équipe, dont la présence à la conférence pendant toute la durée du processus s'est avérée extrêmement salutaire, ont aussi été d'un grand réconfort. De même, l'engagement indéfectible du Conseil de sécurité, qui a fait plusieurs déclarations depuis le lancement de l'initiative, nous a beaucoup aidé.

Bien sûr, l'IGAD, l'OUA, la Ligue des États arabes, l'OCI et l'Union européenne ont toujours accordé un soutien total et sans ambiguïté au processus de paix. Nous leur sommes profondément reconnaissants de leur prise de position ferme, de principe. Le peuple somalien leur manifeste sa reconnaissance éternelle. Après la formation du nouveau Parlement somalien, le Conseil de sécurité a réaffirmé que la protection de l'intégrité territoriale du pays était la condition préalable à une normalisation générale de la situation en Somalie. Il a donc recommandé aux organisations régionales d'œuvrer dans ce sens.

Monsieur le Président,

Des voix discordantes se sont élevées et ont remis en question l'acceptation du nouveau gouvernement et sa capacité de retourner en Somalie. D'aucun ont prétendu que ce serait un gouvernement fantôme en exil, qui n'aurait ni légitimité, ni ressources. Cependant, le retour triomphal du Président élu, Abdiqassim, et l'accueil enthousiaste que la population de Mogadiscio, centre du conflit, lui a réservé, ainsi que les démonstrations de soutien sans précédent que lui ont manifesté les membres des milices, y compris ceux qui étaient alliés aux chefs de factions, ont définitivement anéanti ces allégations.

Ceux qui désirent s'opposer à la création d'un gouvernement représentatif et démocratique, probablement parce qu'ils ne sont plus sous les feux de la rampe en Somalie, doivent revenir à la réalité. On a tendu une main généreuse à tous ces éléments pour qu'ils rejoignent leur peuple épris de paix en appuyant les pourparlers et maintenant le gouvernement. En fait, j'ai invité personnellement plusieurs d'entre eux et je les ai rencontrés à Djibouti pour discuter avec eux et leur assurer qu'il y avait une place pour tous dans la nouvelle Somalie, gouvernée par la nouvelle structure fédérale proposée. Maintenant que le gouvernement est en place, la balle est dans leur camp. Nous ne pouvons qu'espérer qu'ils utiliseront à bon escient les chances de réconciliation et d'adaptation qui restent, en faisant passer leur propre pays avant leurs intérêts personnels.

Monsieur le Président,

La renaissance de la Somalie donne des possibilités illimitées aux somaliens partout dans le monde de reconstruire leur pays. Comme les conditions dans le pays devraient peu à peu redevenir normales, la diaspora sera encouragée à investir dans sa patrie, apportant ainsi les capitaux et les compétences nécessaires pour créer des possibilités d'emplois pour les jeunes.

On peut espérer que la communauté internationale mobilisera une aide d'urgence pour la Somalie afin de permettre au gouvernement de conduire le pays, de s'établir dans ses fonctions et de recréer les institutions et capacités essentielles. Entre temps, il faut commencer à planifier le développement à moyen et à long terme avec l'aide des institutions financières internationales, de la communauté des donateurs, des Nations Unies et des organisations régionales.

Finalement, Monsieur le Président, permettez-moi de dire en toute honnêteté que chez nous, à Djibouti, ce processus a mis à rude épreuve nos maigres ressources, mais jamais notre détermination ou notre confiance. Il a éprouvé notre courage et notre persévérance, mais notre engagement est resté entier. C'est un effort et un sacrifice exemplaires de la part de notre peuple.

Que ce test d'endurance auquel a été soumis notre peuple, comme le peuple somalien, soit une source d'inspiration et marque le début de ce qui pourrait être un immense succès pour la corne de l'Afrique, mais également pour l'ensemble du continent africain et l'humanité toute entière.

 

Merci, Monsieur le Président.