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ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A L'OCCASION

DU VIII SOMMET DE LA FRANCOPHONIE

 

 

- Monsieur le Président

- Excellences Messieurs les chefs d'État et des Gouvernements

- Monsieur le Secrétaire Général de la Francophonie

- Mesdames et Messieurs les Ministres,

- Honorables délégués,

- Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi d'adresser, au nom de la République de Djibouti, de la délégation qui m'accompagne et en mon nom propre, nos sincères remerciements au peuple de la province du Nouveau-Brunswik et au peuple Canadien ainsi qu'à leurs gouvernements, pour nous avoir donner l'occasion de nous rencontrer dans cette belle cité de MONCTON.

Notre rencontre ici sur terre Canadienne et acadienne réveille assurément en nous djiboutiens, une légitime émotion qui résulte de notre désir de célébrer l'amitié qui lie nos Nations.

Votre accueil chaleureux, la générosité de votre hospitalité et les gestes d'amitié que vous avez à notre égard, depuis notre arrivée, porte la marque de cette belle tradition d'ouverture que l'on connaît à votre peuple.

Soyez-en vivement remerciés.

Permettez-moi également, Mesdames et Messieurs, de féliciter notre ami et frère Son Excellence BOUTROS-BOUTROS GHALI pour son dévouement et pour tous les efforts qu'il n'a cessés de ménager afin de promouvoir et porter la parole de notre communauté des pays ayant le français en partage.

Qu'il me soit surtout permis de féliciter l'ensemble des membres du comité conjoint d'organisation composé de représentants du Canada, du Nouveau-Brunswick et du Québec, pour la qualité de leur travail et pour avoir su rendre possible ce VIII Sommet de la Francophonie.

En désignant la Jeunesse comme thématique du VIII Sommet de la Francophonie, à l'occasion de la 12ème Conférence Ministérielle de la Francophonie qui s'est tenue à Bucarest le 5 Décembre 1998, nous nous sommes donnés pour objectif de réfléchir sur le devenir de nos enfants et le monde que nous leur léguons au cours du siècle prochain.

Assurer à nos enfants un avenir certain fait de paix et de santé, mettre en leurs mains la maîtrise des nouvelles technologies pour leur permettre une meilleure insertion économique et sociale, joindre nos énergies aux leurs pour leur bâtir une terre d'espoir, exige de notre part une réflexion sur le modèle actuel de développement de nos sociétés.

Les pays en développement sont divers. Certains telle que la République de Djibouti est en train de s'ancrer à l'économie mondiale en faisant preuve de courage et de sacrifices. Car comme tant d'autres peuples, le peuple Djiboutien rencontre des difficultés dans sa marche vers le développement tout en mettant en œuvre des réformes économiques exigeantes dont les résultats restent fragiles.

A l'ère de la mondialisation et de la marchandisation de tout et de tous, caractérisée par l'aggravation de la pauvreté, l'affaiblissement des États nationaux et des conditions matérielles de leur souveraineté, la subordination du social à l'économique dans une vision de la croissance pour la croissance et la réduction de la chose politique à des objectifs tels que la libéralisation, la privatisation, la déréglementation, je doute fort que l'humanité puisse trouver rapidement un début de solution à la violence et à la pauvreté dont la Jeunesse reste la première et la principale victime.

En cette fin de millénaire, force est de constater que le phylum vie lui-même s'en trouve menacé. Non pas seulement à cause de l'industrie des armes sophistiquées, mais surtout par la convergence des tendances négatives : la destruction écologique ascendante, l'accumulation mondiale ascendante de la pauvreté, l'ascendance de l'égoïsme de la minorité de gens les plus riches du monde.

Ainsi, Mesdames et Messieurs, l'interrogation qui s'impose à nous tous et qui suggère de notre part des réflexions de fond est tout simplement le devenir de ce monde dans lequel nous appelons la Jeunesse à vivre.

A la lumière de cette situation, le modèle de développement tel que l'on chante sous tous les toits des pays du Nord, mérite d'être visité à nouveau dans la mesure où nous assistons à la fin des certitudes et à l'épuisement des paradigmes qui ont dominé la vie politique, économique et intellectuelle au cours des dernières décennies.

Mais pour sortir des sentiers battus, la réflexion qui s'impose doit être animée par " la recherche de ce qu'il y a de meilleur dans l'homme et dans la société ".

Dans ce sens, à partir de cette interrogation qui est " que devons-nous faire, que nous est-il permis d'espérer ? ", la question du développement ne constitue plus seulement un défi à notre intelligence mais relève plus profondément d'un ordre éthique porteur d'espoir pour tous les peuples.

Mesdames et Messieurs,

La vision du monde en cette fin de millénaire qui se dégage des analyses contemporaines, quel que soit le secteur d'activité concerné est imprégnée d'une profonde complexité des mécanismes qui y participent, de leur interdépendance et de leur inscription dans un tout indissociable.

Si malheureusement, la raison ne peut l'emporter sur l'économie pur, il nous faudra tout au moins rééquilibrer les valeurs sur lesquelles elle se base et de tenter de mettre en place un projet ambitieux capable de nous faire évoluer vers une société civile mondiale au sens humaniste du terme et de réintégrer l'économie parmi les autres sphères d'activités humaines.

Face à de telles interrogations, l'émergence de la coopération multilatérale francophone, concrétisée par la signature, à Niamey, le 20 Mars 1970 de la convention donnant naissance à l'A.C.C.T., est-elle un simple état d'esprit spontané, le résultat d'un processus lié à l'analyse de la situation mondiale ou résulte-t-elle d'un choix de société et donc d'un choix politique individuel et collectif, délibrement réfléchi et partagé.

Il me semble pour ma part, qu'à travers la Francophonie, ces différentes situations coexistent. Néanmoins, la Francophonie recouvre tout son sens que lorsqu'elle inclut une démarche politique pour l'amélioration de nos sociétés, réalise la notion de citoyenneté partagée donnant ainsi tout son sens à la notion de solidarité.

Depuis bientôt trente ans, la Francophonie nous permet, à nous autres peuples ayant le français en partage de dresser l'indispensable pont entre la prise de conscience de l'interdépendance et la solidarité.

La Francophonie nous permet de distinguer une interdépendance de fait et une interdépendance de choix.

Si la première peut engendrer le repli sur soi, l'ultra nationalisme et la violence qu'il porte en son sein, la seconde nécessite de poser un regard sur ce qui fait l'Humanité dans sa diversité et ses richesses ?

Se situant résolument dans la perspective d'une interdépendance de choix, la Francophonie nous permet de nous informer, de nous communiquer de la complexité du développement, de nous éduquer de l'interdépendance de nos sociétés, d'exprimer la diversité et la créativité de nos peuples du Sud, de valoriser la notion pivot de partenariat et d'exprimer une façon d'être ensemble et solidaires.

Mesdames et Messieurs,

En tenant en cette fin de siècle, en terre acadienne, notre dernier Sommet des chefs d'États et de Gouvernement des pays ayant le français en partage et en mettant au centre de nos débats la Jeunesse, nous prenons parti de contribuer à l'affirmation de ces valeurs d'une solidarité active et qui se nomment citoyenneté, respect des droits humains, connaissance et respect de l'autre dans le respect de sa culture, réciprocité, développement économique et social équitablement partagé, démocratie et accès à la décision pour tous.

 

 JE VOUS REMERCIE.