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 ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, 
A L'OCCASION 

DU 7ème SOMMET DE L'IGAD A DJIBOUTI

 

 Le 26 novembre 1999

Excellences Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement,

Monsieur le Secrétaire Général de l'OUA,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Honorables Délégués,

Mesdames et Messieurs,

Au nom du peuple et de la République de Djibouti, j'ai le grand plaisir et l'honneur d'accueillir chaleureusement chacun d'entre vous à ce Sommet de l'Autorité Intergouvernementale pour le Développement (IGAD).

Il s'agit du premier sommet de l'IGAD que j'ai l'insigne honneur d'accueillir et de présider depuis que j'ai pris la tête de mon pays, il y a huit mois.

Permettez-moi, tout d'abord de rendre un hommage sincère et d'exprimer ma profonde gratitude à mon prédécesseur et maître à penser, l'honorable Hassan Gouled Aptidon, qui dirigea ce pays depuis son accession à l'indépendance en 1977, avec dévouement, une honnêteté, une diligence, une dignité et une compassion rares et exemplaires. Il oeuvra inlassablement en faveur de la paix et de la tolérance dans notre région. Je lui souhaite une bonne santé et une vie agréable.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes réunis, aujourd'hui, pour faire le point sur les défis difficiles et pressants que nous devons relever collectivement en tant que membres de l'IGAD.

Les problèmes et les questions auxquels l'IGAD est confrontée sont du même ordre que ceux auxquels nos propres pays doivent faire face individuellement. Ainsi la transition de nos propres points de vue et politique à un processus harmonieux et collectif exige avant tout une ouverture nous permettant de réunir et de partager des informations, ainsi qu'une détermination à forger des solutions communes. A maints égards, notre réunion d'aujourd'hui marque un tournant décisif en nous offrant la possibilité de donner le ton et l'orientation qui aboutiront à la paix, à la stabilité et au développement. En effet, si nous donnons la moindre impression que nous sommes indécis, peu décidés à agir ou en désaccord les uns avec les autres, le climat de violence qui s'est installé risque de perdurer. Les conséquences du statu-quo seront désastreuses pour notre région, qui risque de se solder par un héritage de méfiance et d'animosité entre nos peuples. Dans ce cas, la mission de l'IGAD stagnera en raison de l'incompatibilité de nos divergences.

Nous devons nous allier en tant que dirigeants, pays et peuples, de façon à pouvoir faire face sérieusement aux crises qui sévissent chez nous les conflits, la déliquescence, les forces de la nature, l'absence de développement, ainsi que la perte de direction et de cohésion, notre région est déjà presque synonyme de famine, d'hostilité et de désespoir. Nous avons les moyens de faire face à ces problèmes et de redorer notre image. Nous devons persévérer et agir avec détermination et courage pour trouver une solution à nos problèmes.

Excellences,

Mesdames et Messieurs

En ce qui concerne les tensions qui continuent à sévir au Soudan, nous avons été témoins de l'accroissement en nombre et en intensité des efforts visant à résoudre ce conflit persistant, qui frappe particulièrement les enfants dans une région déchirée par la guerre.

Aussi, la réunion en octobre dernier à Rome, du Forum des Partenaires de l'IGAD a permis de lancer un appel auquel adhèrent pratiquement tous ceux qui sont concernés par cette question à savoir que le Gouvernement Soudanais et les autres parties du conflit doivent continuer à poursuivre sans relâche des négociations de fond dans un esprit positif dans le cadre de l'IGAD.

Aucune solution permanente ne pourra être trouvée par des moyens militaires, mais uniquement grâce à un processus politique négocié, conformément à l'initiative de paix et à la Déclaration de Principes de l'IGAD.

Nous avons bon espoir que le nouveau Secrétariat créé à Nairobi déploiera tous les efforts nécessaires afin d'assurer une médiation durable et suivie permettant d'aboutir à des progrès rapides.

Nous devons rendre un vibrant hommage au Gouvernement de la République soeur du Soudan qui a fait un long chemin vers la paix, qui a procédé unilatéralement à une déclaration de cessez-le-feu jusqu'au mois de janvier prochain, conscient que le processus de la vie se base avant tout sur le principe de la responsabilité, élément impératif qui incite à garantir à tous les enfants du Soudan, leurs droits et leurs biens, respectant ainsi les paroles sacrées de Dieu "Nous avons proposé aux Cieux, à la Terre et aux Montagnes de supporter le poids de l'Amana (dépôt sacré) ; ils en ont décliné la responsabilité, par crainte et appréhension ; mais l'homme a osé la supporter" (Sourate Al Ahzâb, verset 72).

Face à cette action positive qui allégera la situation humanitaire, en améliorant l'acheminement de l'aide aux nécessiteux, la SPLA doit répondre par plus de souplesse dans un esprit constructif dans ce processus de paix qui permettra à la Nation Soudanaise qui a imposé les préceptes du bien et de l'altruisme, de regagner sa place de nation la plus digne, la plus prospère, la mieux organisée, la plus écoutée.

Nous devons rester ouverts à toutes les contributions constructives, impartiales et équilibrées visant à résoudre ce conflit interne. Aussi, devons-nous encourager l'initiative de paix égypto-libyenne motivée par la seule recherche pour la nation arabe des chemins vers les places d'honneur au sein de la communauté internationale et de la sauvegarde de son unité.

Nous devons garder à l'esprit qu'en dernière analyse, le processus mis en place par l'IGAD sera jugé sur son impartialité, sa transparence, son équité et sa globalité.

Nous avons également pris note que, grâce aux ajustements apportés à ses politiques (en termes de respect des Droits de l'Homme, de démocratie, de résolution des conflits, etc ), le Gouvernement Soudanais a officiellement renoué le dialogue avec l'Union Européenne au début de ce mois.

La République de Djibouti souscrit à l'opinion selon laquelle l'engagement du Gouvernement Soudanais permettrait de calmer les antagonistes et contribuerait, par son influence, à nous rapprocher de la fin de la guerre.

De toute évidence, des progrès solides dans les négociations de paix menées par l'IGAD auraient un impact bénéfique sur l'ensemble de la région, tant sur nos relations et sur le respect que nous nous témoignons mutuellement, que sur la stabilité. Notre intérêt vital est donc que ce conflit soit résolu rapidement et nous espérons que tous les enfants du Soudan feront preuve de la souplesse nécessaire et consentiront aux sacrifices indispensables pour atteindre cet objectif.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

La situation somalienne est absolument unique. Elle n'a pas son pareil dans l'histoire moderne. Voilà une Nation qui n'a pas de Gouvernement depuis près de 10 ans qui est embourbée dans une violence sans fin et soumise à une lente déliquescence, et qui doit en plus faire face à une pénurie alarmante de nourriture et de logements, ainsi qu'à un avenir incertain.

Les États membres de I'IGAD et les autres États qui essaient d'apporter une solution à l'éclatement et à l'effondrement de la Somalie, ont élaboré toute une série d'initiatives et d'approches. Dès le départ avant même que les hostilités ne se généralisent, Djibouti organisa les deux toutes premières conférences - une conférence préparatoire et une conférence internationale - en juin puis en juillet 1991.

Son Excellence, Monsieur le Président Daniel Arap Moi, en sa qualité de plus ancien dirigeant de notre région, déploya des efforts inlassables pour ramener la paix en Somalie.

Son Excellence, Monsieur le Premier ministre Meles Zenawi, dans le cadre des mandats qui lui furent confiés tant par l'IGAD que par l'OUA, consacra dès 1993 une quantité extraordinaire de temps, d'énergie et de ressources à une série de conférences qui aboutirent en 1997 à l'Accord de Sodere qui fournit un cadre de gouvernance.

De la même manière, l'Accord du Caire conclu en Égypte imprima l'élan nécessaire à la formation d'une administration intérimaire.

La Libye a intensément contribué au rétablissement de la paix en Somalie et continue à fournir le soutien matériel et moral nécessaire à la poursuite de la paix en Somalie. Le Yémen organisa plusieurs réunions et établit divers contacts.

L'Italie contribua largement à faire avancer la cause de la paix en Somalie pendant toute cette période et continue à suivre de près l'évolution de la situation.

Le Comité permanent du Forum des Partenaires de l'IGAD fut créé, il y a un an, dans le but de rationaliser et d'harmoniser les initiatives. En outre, le Bureau politique des Nations unies pour la Somalie dont le siège est à Nairobi, continue à suivre l'évolution de la situation en Somalie, et ses évaluations servent de base à l'établissement des rapports que le Secrétaire Général soumet au Conseil de Sécurité, qui réagit en faisant périodiquement des déclarations et en adoptant des résolutions pour prouver son engagement.

Dans son récent rapport sur la Somalie, le Secrétaire Général décrit la situation en termes frappants, estimant en substance que le pays était devenu un "trou noir" d'anarchie, privé de Gouvernement national ou des attributs qui caractérisent un État.

J'ai tenté de décrire les efforts déployés par de nombreux individus, pays et organisations bien intentionnés, notamment l'IGAD, l'OUA, la Ligue des États Arabes, l'Organisation des Nations Unies et l'Organisation de la Conférence Islamique, pour sortir cette Nation du chaos et de la paralysie politique en organisant diverses conférences et réunions, et en nouant des contacts avec et entre les chefs de guerre.

Malheureusement les chefs de guerre ont systématiquement prouvé qu'ils n'étaient pas disposés à tenir compte des appels lancés inlassablement par la communauté internationale les exhortant à faire passer le bien de leur pays avant leur soif personnelle de pouvoir et de domination. La question qui se pose aujourd'hui est simple : combien de temps accorderons-nous encore notre indulgence à cette bande d'éléments égoïstes et destructeurs.

Excellences, Mesdames et Messieurs

C'est ce dilemme qui m'a poussé à consacrer une partie importante de mon allocution devant l'Assemblée Générale au mois de septembre dernier à la tragédie de la Somalie.

J'étais sensible à l'appel en faveur de mesures constructives et de grande portée permettant de sortir d'un processus embrouillé qui vise actuellement à traiter exclusivement avec des chefs de guerre qui n'ont cesser d'exploiter le malheur de leur peuple pour asseoir leur pouvoir, à n'importe quel prix, quel que soit le temps qu'il faudra. Je propose un processus progressiste et inclusif, sous la direction et l'autorité de la société civile Somalie.

Excellences,

Mesdames et Messieurs

Dans le conflit regrettable qui oppose l'Éthiopie à l'Érythrée qui a déjà fait des dizaines de milliers de victimes et semble simple à la surface mais en réalité s'avère très complexe et difficile à résoudre, des efforts vigoureux ont déjà été déployés.

Nous espérons que la raison prendra le pas sur l'antagonisme et la méfiance. A cet égard, j'aimerais exprimer notre profonde gratitude à Son Excellence, Monsieur le Président Bouteflika, Président de la République d'Algérie et Président en exercice de l'OUA, et au Secrétaire Général, Monsieur Salim Ahmed Salim, pour l'engagement et la ténacité indéfectibles dont ils ont fait preuve pour éliminer les derniers points de friction exigeant des éclaircissements.

Nous espérons que la partie encore résistante à ce plan de paix proposé par la communauté africaine revient à la raison et à la paix, consciente que la paix est l'affaire de tous.

Je ne peux pas conclure, sans mentionner l'absence à ce Sommet des Dirigeants et des Délégations érythréenne et ougandaise, que nous regrettons d'autant plus profondément qu'ils ne nous aient présenté ni arguments, ni raisons convaincants pour expliquer leur absence. L'IGAD est la somme de toutes les parties qui la constituent et il incombe donc à ses membres d'oublier leurs différends du moment et de faire preuve d'engagement et de solidarité envers l'organisation en mettant leur cotisation à jour notamment.

Je voudrais encore ajouter, Excellences, que les yeux de la planète sont posés sur nous et que nous devons prouver sans ambiguïté, et de manière cohérente et décisive, que nous voulons véritablement régler nos problèmes, de façon à obtenir un appui vigoureux et toute l'attention de la communauté internationale.

Je suis certain que c'est ce que nous voulons tous.

Merci à Tous.