Remonter

 

 ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU FORUM NATIONAL DU COMESA

Le 17 avril 2000

 

Au nom de DIEU, le Clément, le Miséricordieux.

Monsieur le Ministre du Commerce et de l'Industrie,

Monsieur le Président de la Chambre Internationale de Commerce et de l'Industrie de Djibouti,

Mesdames et Messieurs,

J'ai le plaisir d'inaugurer ce forum national destiné à sensibiliser les hommes et les femmes politiques, les hommes et les femmes d'affaires ainsi que notre population.

Cette sensibilisation s'inscrit dans le cadre des manifestations que chaque pays membre du COMESA doit accomplir conformément aux recommandations qui ont été préconisées lors du sommet des chefs d'États et de Gouvernements des pays membres du COMESA que nous avons tenu en mai dernier à Nairobi avant le lancement de la zone de libre d'échange fixé au 31 Octobre de cette année.

Le commerce et l'investissement sont aujourd'hui les premières priorités du COMESA et, par conséquent, cette manifestation doit nous servir un moyen de sensibilisation très efficace auprès de tous les secteurs économiques aussi bien public que privé.

L'historique de l'Organisation m'amène à citer brièvement les étapes parcourues :

Le 21 Décembre 1981 et le 5 Novembre 1993 sont des dates importantes dans l'histoire de la coopération économique régionale de l'Afrique puisqu'elles marquent respectivement la naissance de la ZEP et celle du COMESA.

Initié par le plan d'action de LAGOS en 1980, la zone d'échanges préférentiels (ZEP) a vu le jour le 21 Décembre 1981. Le Traité fondateur, signé à l'époque par 16 pays dont la République de Djibouti s'était donné pour but de favoriser la coopération et l'intégration dans tous les domaines de l'activité économique et de créer d'ici l'an 2000 un Marché commun qui permettrait la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes dans la sous-région. Les principaux objectifs sont la réduction progressive et l'élimination définitive des droits de douanes et des barrières non-tarifaires aux échanges commerciaux entre les États membres. La coopération se ferait non seulement sur le plan commercial mais également au niveau industriel, technologique, agricole, monétaire et douanier, des transports et communications, de l'énergie, des ressources naturelles, de l'environnement et de l'intégration des femmes dans le processus du développement.

L'accent sera, bien entendu, mis sur la nécessité d'une programmation régionale macro-économique, comme élément essentiel de la coopération.

En 13 années d'existence, la ZEP a su mettre en place plusieurs institutions et non des moindres à savoir : la banque de l'Afrique de l'Est et Australe pour le commerce et le développement, la chambre de compensation, la mise en place des tarifs préférentiels, l'introduction de l'unité de compte UC ZEP, le système de convertibilité des monnaies nationales au moyen des chèques de voyage en UC ZEP.

Conformément aux objectifs initiaux, renouvelés lors du onzième sommet des Chefs d'États et de Gouvernements de la ZEP qui s'est tenu le 5 Novembre 1993 à Kampala, le traité portant création du COMESA fut signé par l'ensemble des pays membres de la ZEP. Le COMESA s'élargit en accueillant plusieurs autres pays.

Les priorités de la nouvelle Organisation portent notamment sur :

- La collaboration dans tous les domaines de l'activité économique en vue de parvenir à une croissance durable et de relever les niveaux de vie des populations tout en favorisant des relations harmonieuses et étroites entre les États membres,

- La création d'un environnement propice aux investissements,

- La promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité,

- Le renforcement des relations entre le COMESA et le reste du monde.

La concrétisation de tels objectifs passe inéluctablement par la mise en œuvre d'un programme comportant plusieurs volets dont les principaux sont :

. Le lancement d'une zone de libre-échange à partir du 31 Octobre 2000,

. L'établissement d'une union douanière avec la mise en place d'un tarif extérieur commun en 2004 (tec),

. la libre circulation des capitaux et les investissements,

. la mise en place progressive d'une union de paiement,

. l'adoption d'un mécanisme commun sur l'octroi des visas,

. et le renforcement des relations entre le marché commun et le reste du monde, le but recherché étant de créer à terme une Communauté Économique Africaine.

L'une des particularités du COMESA consiste à impliquer davantage le Secteur privé dans la croissance, le développement et l'intégration régionale pour bénéficier des nouvelles opportunités et pour s'intégrer dans l'économie mondiale, ce qui est tout à fait conforme à notre politique dans le domaine économique.

Comme on assiste à l'émergence des blocs économiques partout dans le monde dans cette ère de mondialisation, notre COMESA revêt une importance capitale pour mieux défendre les intérêts de la région tout en améliorant notre compétitivité.

Les techniques de communication, des transports ainsi que les nouvelles autoroutes de l'information doivent contribuer au développement de l'intégration régionale tout en facilitant la collecte, l'analyse et la diffusion de l'information.

Dans ce domaine, la République de Djibouti dispose des infrastructures performantes et modernes. Elle est aussi apte à se doter des nouvelles techniques de communications. C'est pourquoi nous devons utiliser tous nos atouts pour jouer un rôle positif au sein du COMESA en impliquant tous les secteurs économiques de notre pays au développement et à l'amélioration des conditions de vie de notre population.

Je rappelle que la nouvelle politique de réformes de la République de Djibouti repose, entre autres, sur le développement de la coopération régionale pour relancer notre économie.

L'adhésion de notre pays à ce Groupement Économique Régional nous permettra le développement économique par la stimulation de la production, par l'investissement direct de l'extérieur, par la mise en valeur de nos infrastructures, de notre code d'investissement et de toutes les facilités que nous accordons aux promoteurs.

C'est dans cette optique que se tient ce forum destiné à sensibiliser, je le répète, les hommes et les femmes politiques, les hommes et les femmes d'affaires ainsi que toute notre population à quelques mois du lancement de la zone de libre-échange de notre COMESA.

Les services publics à caractère économique et le secteur privé de notre pays étant les principaux acteurs susceptibles de rendre effective la participation positive de Djibouti aux activités du COMESA, je les invite à exploiter pleinement toutes les opportunités qu'offre ce grand marché de 21 pays membres, de 13 millions de km2 de superficie et de 380 millions de consommateurs tout en recommandant les agents de l'État de faciliter les procédures administratives en vue d'instaurer un climat de confiance entre le Gouvernement et les hommes et les femmes d'affaires.

 Mesdames et Messieurs,

Avec la dynamique du processus du COMESA ce sont les valeurs communes et partagées par une société internationale digne de ce nom et les mécanismes de leur mise en œuvre que nos nations formulent solennellement.

Ce sont l'exercice des droits humains proclamés par la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, à savoir le droit à la vie, à la liberté, au travail, à la subsistance que COMESA met en place pour en permettre la pleine jouissance.

 La COMESA nous apporte à tous la certitude à la fin de ces luttes fratricides qui sévissent nos régions et qui ont en commun le fait d'être des conflits de dépréciation de nos Nations, générateurs d'exclusion sociale, de ressentiment politique, ethnique et religieux au point de les transformer en véritable ouragan de haine au sein d'entité chaotique ingouvernable.

 En mettant en place ses propres instances de règlement de conflit, la COMESA sera définitivement le véritable instrument de paix et de développement capable de réguler nos économies et notre environnement pour l'écarter définitive le spectre de la famine qui aujourd'hui comme hier nous prépare à la mort de millier de nos concitoyens.

C'est dans ce cadre que je reformule ici l'appel qu'il m'a été donné de lancer en ma qualité de présidente en exercice de l'I.G.A.D. pour alerter la communauté international de l'urgence de la situation de nos populations.

 Je tiens également à remercier la Communauté Africaine et la Communauté Internationale du soutien fraternel apporté au Mozambique et je rends, par la même, hommage, à la solidarité qui s'est manifestée à l'égard d'un pays frère, membre de la COMESA.

La République de Djibouti et son peuple sont engagés dans le processus qui, par la grâce du Tout-Puissant, permettra au peuple Somalien de retrouver la place qui est la sienne au sein du concert des Nations.

La Somalie, en tant que membre fondateur de la ZEP, a à cet égard toute la place qui lui est dû au sein du COMESA.

Mesdames et Messieurs,

La violence qui sévit de par le monde et en particulier dans nos régions, constitue l'une des conséquences de la non-viabilité des économies nationales de nombreux pays en voie de développement qui se retrouvent désemparés face au système économique mondial indifférent à l'égard des atouts concurrentiels qui les rendaient naguère viable : une main d'ouvre et des ressources en matières premières abondantes.

La sélection darwinienne engendrée par le phénomène de mondialisation, la libéralisation rapide, précipitée, des économies basées sur la production de matière première, décidée par les programmes d'ajustement structurel de la Banque Mondiale et du FMI, n'a fait qu'aggraver la situation.

Aussi, les économies de nos pays en voie de développement qui ont eu le malheur de reproduire ce qui existait déjà, c'est à dire une exportation de matières premières à peine transformées, n'ont reçu, en échange, que des investissements volatils du grand casino financier mondial.

C'est contre cet ajustement sans modernisation qui condamne nos pays à continuer d'exporter des matières premières et des produits de faible valeur ajoutée à des prix toujours plus bas, et à importer de plus en plus des produits manufacturés et des services à un prix de plus en plus élevé, j'ai la ferme conviction que la COMESA permettra d'instaurer un équilibre salutaire face à ces gigantesques failles, creusées par l'actuel désordre économique.

 Je vous remercie.