ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE DE DJIBOUTI

A L'OCCASION DE L'INAUGURATION DU COMPLEXE IMMOBILIER

DE LA CHANCELLERIE ÉTHIOPIENNE

 

 

18/05/2004

 

 

 

Monsieur le Premier Ministre, Mesdames et Messieurs,

 

Il est hautement symbolique qu'aujourd'hui l'inauguration de ce complexe immobilier (véritable prouesse architecturale) se fasse un siècle après la construction d'une voie ferrée reliant, ce qui deviendra nos futures capitales nationales, Addis Abeba et Djibouti.

 

Le site de cette inauguration des nouveaux locaux de la chancellerie Éthiopienne, est lui-même un haut lieu de notre histoire commune. Ici, fut la résidence d'été de trois empereurs Éthiopiens, Ménélik II, Lidj Yassou et Haile Salassié, tous amoureux du bleu azur de nos côtes bénies, belvédères de leurs aspirations d'ouverture, de l'Éthiopie sur le monde extérieur et la modernité.

 

Le Plateau du Serpent, où nous nous trouvons actuellement, est la zone d'implantation, la tête de pont de ce chemin de fer, première voie de communication durable entre notre pays et l'Éthiopie, drainant avec lui les premiers progrès technologiques qui allaient arrimer nos deux pays dans une ère nouvelle.

 

L'introduction concomitante du télégraphe, dont le fil longeant le rail, allait être utilisée tant par les autorités que par les négociants et les populations civiles. "Ce fil qui chante" allait amplifier encore les échanges et émerveiller le père de la littérature moderne éthiopienne, Afework Gebre-Yessus, qui se fait le chantre dans son œuvre.

 

Ce sont d'ailleurs les mêmes ingénieurs, commerçants, topographes, ouvrier, bref les mêmes forces vives qui aménagèrent nos grands centres urbains situés le long de ce rail. Cette similitude et parenté de nos tracés urbains et de notre richesse architecturale continuent à se refléter aussi à travers le bâti des villes comme Djibouti, Diré Dawa et Addis Abeba. La période pionnière de création d'un débouché sûr et stable au commerce de l'Éthiopie, à travers Djibouti, correspond à la fixation de la capitale moderne de l'Éthiopie à Addis-Abeba et met fin à l'ère dite des capitales itinérantes, qui s'étaient crées au gré des déplacements des souverains Éthiopiens.

 

C'est dire combien l'axe Djibouti-Addis-Abeba, coulé dans le moule de l'acier et du socle de notre géologie, se situe au-delà des aléas et des calculs circonstanciels et évanescents.

C'est sur les fondements de ces rapports séculaires que se tisseront et se développeront des liens indélibiles entre deux entités politiques souveraines. Ces relations s'enracineront sur les fondations d'une pérennité respectueuse de chacune de nos identités, à travers la matrice civilisationnelle de notre région, berceau de l'humanité. A nous de faire en sorte, que cette histoire dynamique ne soit pas seulement réduite à une réminiscence du passé, en une simple pièce de musée, mais puisse être assise et développée sur des perspectives nouvelles, transcendant ainsi les vicissitudes de l'actualité.

 

Cette mémoire historique ne pourra être transmise à nos générations futures que si nous parvenons ensemble à pratiquer une politique de paix et étendre à l'ensemble de la sous-région de l'IGAD un environnement harmonieux et pacifié. Il nous faut, de concert, démontrer qu'aucun enjeu stratégique ou sécuritaire ne pourra se dessiner dans l'omission réductrice d'une diplomatie qui ne mettrait pas l'accent sur la préservation de la dignité humaine et de la vie, porteuse d'espoir et au centre de ses motivations la quête inlassable du bien-être de toutes les populations civiles dont nous sommes, vous, Excellence, et moi-même, les guides. C'est notre devoir. C'est une responsabilité morale.

 

Circonscrire les foyers de guerre et de tension, les zones de non-droit désétatisées dans notre sous-région, est vitale pour nos pays afin que notre région ne devienne pas inexorablement le terreau et la plate-forme de la criminalité transnationale et du terrorisme.

Sur plus d'un siècle d'histoire, la République de Djibouti a su donner à l'Ethiopie, surtout, dans les moments les plus tragiques, la garantie d'une amitié authentique, loyale, soucieuse de vérité, de liberté des peuples et de paix.

Nos relations bilatérales se sont approfondies depuis l'accession de Djibouti à l'indépendance et ce, dans le souci de nos intérêts mutuellement avantageux. Néanmoins, il est indispensable de leur insuffler une redynamisation ainsi que les réorientations stratégiques qui s'imposent au seuil de ce 21ème siècle.

 

Nos structures communes de concertation doivent être aujourd'hui en phase avec les défis de l'intégration régionale et par là même de la globalisation des échanges, elles doivent nous permettre de déblayer les chemins d'une coopération régionale consentie et canaliser nos énergies positivement au profit de nos concitoyens.

 

En effet, il est grand temps d'accélérer les processus d'une intégration active à travers ce formidable instrument de coopération économique et sociale que constitue le COMESA. En permettant une libre circulation des biens et des personnes sans hypothéquer la souveraineté de nos états, ce traité représente un cadre de facilitation pour mettre nos infrastructures de transport et communication à la hauteur des exigences des normes internationales de sécurité.

 

Cela requiert une volonté commune de mobiliser nos ressources pour moderniser nos moyens de communication dans une perspectives élargie à l'ensemble des pays du COMESA, une des zones d'échanges les plus importantes de notre continent.

Les avancées des travaux de la Commission Mixte doivent refléter notre détermination à prendre des actions significatives pour inscrire ces objectifs stratégiques dans la réalité et le quotidien de nos peuples.

 

Pour paraphraser un autre homme de lettres du patrimoine culturel mondial, je ferai mienne sa vision du monde et du progrès en rappelant : "La sagesse suprême, c'est d'avoir des rêves assez grands pour ne pas les perdre du regard tandis qu'on les poursuit".

 

Je vous remercie.

 

 

 

ISMAEL OMAR GUELLEH