ALLOCUTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE 

A L'OCCASION DE LA CÉLÉBRATION DE LA JOURNÉE DE LA FEMME

 

 

08/032005 

 

 

Monsieur le Premier Ministre, 

Monsieur le Président de l'Assemblée Nationale, 

Madame et Messieurs les Ministres, 

Mesdames, Messieurs les Représentants des Corps Diplomatiques et Consulaires, 

Mesdames, Messieurs les Représentants des Organisations Internationales,

Chers invités, 

 

La célébration de la Journée Internationale de la Femme au mois de mars coïncide avec des évènements d'une importance décisive dans le parcours du peuple et de la femme djiboutienne. L'adoption de cette date comme symbole de la lutte de la femme pour la reconnaissance de ses droits civiques et politiques, s'est traduite sur l'ensemble du continent africain par une singulière dualité : une fabuleuse capacité de mobilisation des masses et l'absence de représentation sur l'échiquier politique.

 

Qui peut oublier le prix du sacrifice consenti sur les barricades dressées dans les quartiers de la capitale, les tristement célèbres camps de la Poudrière, à quelques mètres d'ici- même, où ces martyres étaient regroupées, triées, torturées et expulsées en masse, souvent arrachées à leur famille ? C'est un devoir de mémoire qui nous incombe, nous, enfants et petits-enfants de ces militantes de première heure, pour préserver cet héritage politique sans compromission qu'elles nous ont légués, et consolider les exigences de dignité et d'intégrité, dont elles furent les portes drapeaux. 

 

En cet instant solennel, comment ne pas évoquer les noms des illustres combattantes que sont les regrettées AICHA BOGOREH, MAKO ROBLE, AMINA GUELLEH et toutes les autres, à l'égard desquelles je tiens à exprimer au nom de la Nation notre profonde gratitude.

Elles furent les pionnières d'un combat pour la liberté, la justice et l'équité sociale. Ce combat héroïque, initié dans les heures les plus sombres de la domination coloniale, s'est dès lors poursuivi, à travers la création de la première structure nationale trans-générationnelle, dédiée à la cause féminine, l'UNFD. Ce fut précisément à cet endroit, où se trouve aujourd'hui le siège de l'UNFD, que le peuple djiboutien vit pour la première fois les couleurs de sa liberté, l'emblème de son indépendance, son drapeau hissé, annonçant au monde la naissance d'une nouvelle Nation et d'un État souverain.

 

Honorables invités, mes chers compatriotes,

 

A Djibouti, comme ailleurs, l'histoire est mauvaise fille.

Au lendemain de l'Indépendance, le conformisme masculin, prisonnier des vieux schémas mentaux hérités d'un traditionalisme figé, se trouve à l'origine d'une amnésie totale et curieusement opportuniste.

 

En lieu et place de la légitimité politique à laquelle les femmes devaient accéder de droit, et ce, malgré le lourd tribut consenti pour notre souveraineté nationale, on s'empressa de les reléguer à un rôle de second plan, devenant ainsi des clandestines de l'histoire, de simples instruments au service d'ambitions peu glorieuses.

C'est dans cet environnement particulièrement contraignant, que tout naturellement la place et la visibilité de la femme djiboutienne ont été négligées.

 

Sans nous prêter a un manichéisme rétrograde, visant à valoriser l'un au détriment de l'autre, cela m'a semblé comme une évidence de restituer pleinement la femme djiboutienne dans son rôle d'acteur majeur, et comme une impérieuse nécessité de la protéger contre toutes les formes de violences exercées contre elles. Nous ne saurons plus tolérer les mauvais traitements infligés aux femmes, nous n'admettrons plus les tragiques incidents dont elles sont victimes dans leur foyer, sur leur lieu de travail et dans la rue.

Notre culture traditionnelle et l'islam sont un hymne à la femme et appellent au respect de son intégrité physique et morale.

 

Excellences, Mesdames et Messieurs,

 

Ainsi, pour remédier à ce déséquilibre fondamentalement préjudiciable pour le développement du pays, nous avons lancé un processus de démocratisation des opportunités sur la base d'un cadre juridique et institutionnel renforcé, seul capable de garantir l'égalité des chances à tous nos concitoyens.

Il nous apparaît clairement aujourd'hui que cette démarche a porté ses fruits. Les femmes ont acquis une visibilité certaine ; il est incontestable que leur partenariat s'avère désormais incontournable puisque porteur d'une dynamique sociale et d'une énergie créative exceptionnelles.

 

La prospérité économique de Djibouti passe par elles. C'est avec elles que nous construirons une société juste, équitable et digne, pour nos enfants et toutes les générations à venir.

C'est grâce à elles que nous parviendrons à conjuguer nos efforts pour affronter et maîtriser les enjeux stratégiques de demain.

 

Ce soir, c'est dans ce lieu où nous pouvons encore sentir le pouls de la liberté, que je sollicite votre engagement pour continuer à défendre les idéaux issus de notre imaginaire politique commun et qui se reflètent dans notre devise "Unité-Egalité-Paix".

L'essence même de cette devise, dont la mission et la responsabilité m'incombent devant Dieu et devant les Hommes, caractérise la pertinence du pacte fondateur de la nation Djiboutienne.

 

Mesdames, Messieurs

 

Je ne terminerai pas sans rendre un vibrant hommage à toutes les femmes pour leur précieuse contribution à la paix et au développement de notre pays.

 

Je tiens à les féliciter toutes pour l'abnégation et le courage qu'elles ne cessent de manifester à chaque instant de leur vie, qu'elles soient citadines ou qu'elles vivent dans les milieux ruraux.

Je les remercie, au nom de tous, de servir leur pays avec autant de passion et d'humilité, et d'incarner une image aussi positive de la femme djiboutienne.

 

 

ASSALAMU ALEIKUM WA RAHMATULLAH WA BARAKATUHU!

 

 

 

ISMAEL OMAR GUELLEH