ALLOCUTION DE S.E LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE 

LORS DE LA RENCONTRE AVEC LES MAGISTRATS ET LES AUXILIAIRES DE LA JUSTICE 

 

 

12/03/2005 

 

 

Louange à Dieu, 

Que la prière et la paix soient sur le Prophète, Sa Famille et Ses Compagnons,

 

Mesdames et Messieurs, 

 

Depuis que le peuple djiboutien m'a fait l'honneur de me confier la mission suprême de présider la République de Djibouti, mission dont la justice constitue fondamentalement une des charges essentielles, je n'ai cessé souligner, à l'adresse de l'ensemble des Institutions constitutionnelles, toute l'importance que j'attache à la Justice.

 

A cette justice qui est le pilier de l'État.

Cette justice qui est le fondement de la démocratie, qui garantie les droits et les libertés, assure la prééminence de la loi et consolide l'État de droit.

 

En président, aujourd'hui, cette rencontre, je tenais à adresser à l'ensemble de la famille de la justice, ici réuni, un discours direct, visant à mettre en relief les responsabilités considérables qui incombent à chacun de vous, magistrats, avocats, greffiers, notaires, huissiers, Ma'adoum, officiers de police judiciaire.

Vous tous, ici présents, mesdames et messieurs, et membres de cette famille qui intervient dans l'appareil qui a en charge la justice, de votre action dépend du projet de société du peuple djiboutien, un projet pour une société démocratique et moderne, un projet qui fait le pari de se libérer de la pauvreté pour ne jamais remettre ni sa liberté ni son intégrité entre les mains d'autrui.

 

Je considère que seule une justice pleinement consciente de l'inéluctabilité de ces enjeux et capables d'intégrer les mutations que connaît la République de Djibouti, est apte à relever ce défi, poursuivant et consolidant sa mission traditionnelle qui consiste à assurer le respect de l'ordre et la paix sociale.

 

Cette Justice doit répondre, aussi, à de nouvelles exigences. 

En effet, la Justice doit donner sens et conscience à l'édification de l'État de droit ; Elle doit conférer un contenu concret et palpable à la démocratie, en assurant, à tout moment et en toute circonstance, la primauté de la loi et l'égalité de tous devant elle.

La justice doit, en outre, assurer la prévisibilité et la sécurité juridiques qui précisent les protections garanties par la loi, et donc instaurer la confiance, clé de voûte de l'économie, et par là même, contribuer à la relance des investissements et à la croissance économique.

Aussi, devons-nous, tous ensembles, nous engager à réhabiliter la justice, à la mettre à niveau et à la débarrasser de toutes les tares et les carences, en traçant clairement et fermement le chemin de l'inéluctable réforme.

 

Mesdames et messieurs,

 

Depuis la tenue des états généraux de la Justice, en l'an 2000, la quasi majorité des recommandations ont été appliquées. Des progrès indéniables ont été accomplis.

Le processus de détérioration de la justice est ralenti et le travail de reconstruction et de modernisation de la Justice est entamé. De fait, l'indépendance de la justice s'en trouve confortée, et son autorité renforcée pour concrétiser l'égalité devant la loi.

 

Mesdames et messieurs,

 

Malgré ce chemin parcouru, la réforme est encore loin du but que nous nous sommes fixé et en deçà des attentes et des aspirations légitimes des justiciables et de la société.

Nous devons donc impérativement passer à la vitesse supérieure, car l'heure est à la mobilisation massive et forte des magistrats et de tous les protagonistes du monde judiciaire.

 

Il faut poursuivre résolument la réforme judiciaire et lui imprimer l'orientation judicieuse qui s'impose.

Pour cela l'obstruction et l'attentisme ne sont pas permis. L'hésitation et la frilosité ne sont plus permises.

 

Dans ce contexte, il incombe au Conseil supérieur de la magistrature de consolider les acquis mais surtout de s'impliquer plus clairement et plus fortement dans l'immense chantier de la réforme.

Il appartient au Conseil supérieur de la magistrature d'assumer pleinement sa mission constitutionnelle de gardien de la déontologie et de l'éthique judiciaire, en sanctionnant avec rigueur et fermeté tous ceux qui par leurs défaillances, se montre indignes de leur charge, qui par leur conduite, jettent le discrédit sur la justice et qui par leur dérives insolentes sapent en quelques instants des années de travail et d'effort.

Avec la même détermination, le Conseil se doit de s'acquitter du rôle fondamental qui est le sien dans la consolidation des garanties reconnues aux magistrats par la Constitution, s'astreignant aux règles d'égalité et d'impartialité dans la gestion de leur carrière.

A cet égard, il appartient au Conseil supérieur de la magistrature de veiller à valoriser la probité et la droiture, d'encourager la compétence et le mérite, de récompenser le dévouement, l'abnégation, l'effort et le courage.

 

Mesdames et messieurs,

 

J'appelle le Conseil à redoubler d'effort pour la consolidation et renforcer l'indépendance de la justice.

A ce propos, je tiens à rappeler, en ma qualité de Président du Conseil supérieur de la magistrature, que l'indépendance ne peut constituer un privilège octroyer au juge pour faire impunément ce que bon lui semble.

Cette indépendance du juge est plutôt une règle démocratique de bon fonctionnement de la justice, une garantie constitutionnelle de la protection des justiciables et un droit des citoyens à être protéger par une justice indépendante et impartiale.

Et parce que je demeurerai particulièrement attentif à ce que ce principe ne soit jamais ni instrumentalisé ni asservi à d'autres fins.

 

Je demande solennellement au Conseil supérieur de la magistrature de veiller à ce que le corps de la magistrature de la République de Djibouti se départisse une fois pour toutes, de toute logique corporatiste et de tout autre comportement indigne de l'honneur de servir la justice du peuple djiboutien.

 

Pour assumer sa propre indépendance, vous toutes et vous tous, mesdames et messieurs, ici réuni ce matin et qui avez l'honneur de former la grande famille de la justice djiboutienne, il vous appartient de comprendre que le corollaire de l'indépendance, c'est la responsabilité, en plaçant toujours l'intérêt de la nation au-dessus de tout autre considération.

 

Mesdames et messieurs,

 

La réforme de la Justice est aujourd'hui au cœur du changement et de la modernisation, de la démocratisation de la société et de l'édification de l'État de droit, de la croissance et du développement, c'est-à-dire au cœur même de choix stratégiques irréversibles, les défis majeurs que la République de Djibouti doit impérativement relever et auxquels la Justice doit apporter une contribution décisive.

 

J'en appelle à tous les magistrats qui ont à cœur de s'acquitter de leur mission historique et de préserver l'honneur et la dignité de leur charge, pour s'engager à réconcilier les djiboutiens avec leur justice, à restaurer la confiance et à restituer en République de Djibouti les grandeurs d'une justice indépendante, saine, compétente et forte, d'une justice digne des égards et du respect qu'évoque le vocable.

 

 

Je vous remercie.

 

 

ISMAEL OMAR GUELLEH