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ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE 

A L'OCCASION DE L'INVESTITURE DU NOUVEAU PRESIDENT

 DE LA REPUBLIQUE DE LA SOMALIE

 

Le 27 AOÛT 2000

 

LOUANGE À DIEU, QUE PRIÈRE ET LA BENEDICTION SOIENT SUR LE PROPHÈTE, SA FAMILLE ET SES COMPAGNONS,

* Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement,

* Monsieur le Secrétaire Général de l'O.U.A.

* Mesdames et Messieurs les Ministres

* Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

* Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs

* Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations Internationales

* Honorables délégués

* Mesdames et Messieurs,

Je voudrais souhaiter aux chefs d'État et de Gouvernement et aux délégations des pays amis et frères, une chaleureuse bienvenue et leur exprimer nos sentiments de profonde gratitude pour leur présence parmi nous en ce jour heureux de l'histoire de nos Nations.

Nos Nations aspirent avec passion et oeuvrent avec acharnement à ce que notre monde, et notre continent en particulier, si amèrement désolé par les fracas des armes, réalise les aspirations de nos peuples à la paix, aux progrès et à la prospérité et leur assurent quiétude et bien-être dans un environnement de sécurité, de stabilité et de justice.

Excellences,

Honorables invités,

Le 22 Septembre 1999, en m'adressant à la Communauté des Nations lors de la 54ème Assemblée Générale des Nations Unies, j'attirais son attention sur la souffrance et la détresse infinie du peuple frère Somalien, en proie, depuis de trop longues années, au déchaînement des démons de la haine et de la division, à l'angoisse et au désarroi de millions de familles traumatisées, ravagées dans leur honneur et dans leur affection.

Au nom du peuple Djiboutien, j'ai exhorté, ce jour-là la Communauté des Nations, afin qu'il soit mis un terme à cette barbarie inouïe et d'ouvrir une porte sur l'espoir d'un nouvel élan fondé dans le réveil de la conscience du peuple Somalien, seul capable d'éliminer la violence dans les actes et dans les esprits et de rétablir pleinement la concorde nationale.

Aussi, la République de Djibouti, par ma voix, a appelé de ses vœux l'organisation d'une conférence de réconciliation de la Nation Somalienne et où l'on donnerait, enfin, la parole au peuple Somalien.

Il était clair que la République de Djibouti s'engageait dans une voie qui semblait à la Communauté Internationale, être sans issue.

Pouvait-on appeler cela de la ténacité ou bien avons-nous agi sans évaluer les données du succès ?

Dans cet engagement, je tiens à remercier particulièrement Son Excellence Monsieur Daniel ARAP MOI, Président de la République du KENYA, Son Excellence Monsieur Meles ZENAWI, Premier Ministre de la République Fédérale Démocratique d'Ethiopie, S. E. Monsieur ABDOULAZIZ BOUTEFLIKA, Président de la République d'Algérie en sa qualité de Président sortant de l'Organisation de l'Unité Africaine, S.E. Monsieur KOFI ANNAN, Secrétaire Général de l'Organisation des Nations Unies, S.E. Monsieur SALIM AHMED SALIM, Secrétaire Général de l'Organisation de l'Unité Africaine.

Ils ont transformé cet engagement en un combat commun pour le redressement de la nation Somalienne et pour son retour dans le concert des Nations.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Nous avons été convaincu que la principale cause de l'échec de toutes les conférences de paix et de rétablissement de l'État Somalien résidait dans le fait que l'avenir et le destin de tout le peuple Somalien relevaient des desiderata d'une poignée d'hommes qui ont obtenu le droit par l'épée, ou qui, en organisateurs d'affrontements entre frères, en pourvoyeurs d'armes à des soldats claniques, se sont proclamés " Chefs de guerres, Chefs de factions. "

Ce club de shérifs ne pouvait parler de paix ni de réconciliation car c'est justement en combattant ces deux termes qu'ils avaient obtenu leur notoriété de Chefs, invités à l'étranger, et se sont appropriés du droit de frapper monnaie pour leur propre compte.

Personne ne peut leur contester de détenir le palmarès d'avoir mis en échec douze conférences de réconciliation. Ces victoires ont créé un sentiment général de dépit, de découragement chez tous ceux qui se sont investis dans ces tentatives pour ramener la paix en Somalie, et ont consolidé la position incontournable de ces seigneurs de guerres.

Le peuple Somalien, du moins pour la partie qui n'a pas eu la chance de s'exiler, s'est laissé gagner par la résignation, le désespoir et le sentiment d'abandon.

Les seigneurs de guerre, ces nouveaux chefs, forts de leur pouvoir et ayant réussi à se faire admettre auprès de la Communauté Internationale, imposé leur autorité à un peuple désorienté et exsangue, se sont engagés dans une entreprise dangereuse de démantèlement de la Nation Somalienne ; créant ainsi de toutes pièces des bantoustans et cherchant à forcer le monde à une reconnaissance de leurs nouvelles Républiques, banalisant ainsi consciemment ou inconsciemment, une désintégration de la Somalie, sans qu'il n'y ait une réaction à la mesure de ce crime, de la part de la Communauté Internationale.

Fort heureusement, aucun pays ne s'est décidé à franchir le pas de la reconnaissance de ces morceaux de Somalie.

 Toutefois, certains pays amis ont été influencés pour ce projet et ont envisagé un nouveau concept de découpage ou de recomposition de la Somalie. Ce concept appelé " Building blocs " allait conduire, à mon sens, au même résultat de désintégration.

 J'étais convaincu que si une telle situation perdurait, nous allions tout droit à la disparition de ce pays frère.

Mon intervention à l'Assemblée Générale des Nations Unies, dans un tel contexte, dans ce climat de désespoir, devait en toute logique surprendre et apparaître irréaliste et irréalisable. Mais quelque chose me disait que cette initiative avait des chances de réussir, aussi incroyable que cela pouvait paraître.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

En ce jour heureux, combien est grande notre joie devant le succès de la Conférence d'Arta pour la réconciliation du peuple Somalien. Grâce au peuple qui a condamné largement et sans équivoque les voies de la violence, le péril de l'anéantissement de la Nation Somalienne est conjuré, l'intégrité du territoire et l'unité du peuple somalien sont préservées, la souveraineté nationale Somalienne est affirmée et son processus démocratique est consolidé.

Face à ceux qui ont voulu contester à la Nation Somalienne le droit d'exister et d'assumer son destin, qui l'ont menacés dans ses fondements, le peuple Somalien a affirmé avec éclat sa solidarité et l'appartenance de la Somalie à tous ses enfants, qu'elle a besoin de chacun et qu'elle a une place pour chacun d'eux.

En se dotant de nouvelles institutions Républicaines, conformément à ses droits constitutionnels, aux libertés publiques et individuelles, le peuple Somalien s'est doté du socle intangible d'un nouveau pacte social, qui seul lui permettra de préserver son unité et de réaliser les espérances communes de progrès et de prospérité.

Chers frères Somaliens,

La Nation Somalienne, à la civilisation séculaire et à l'histoire jalonnée de gloire, a traversé pendant plus de dix ans une conjoncture qui a dicté, plus que jamais, au peuple Somalien d'unifier ses rangs et d'apaiser le climat entre ses membres par la consécration de l'esprit de confiance réciproque en vue de retrouver la paix, occuper la place qui est la sienne dans le concert des Nations et contribuer activement à l'œuvre tendant au progrès et au bonheur de l'humanité.

En ce jour glorieux de votre histoire nationale, je m'adresse à vous en vue de vous exprimer toutes nos félicitations pour cette confiance que vous n'avez cessé de manifester à l'ensemble de vos délégués à l'Assemblée constituante, pour l'union que vous avez forgée autour de votre nouveau Parlement qui ne pense qu'au destin de son peuple et qui n'agit que pour améliorer sa condition de vie et ses moyens d'existence.

Cette confiance que vous accordez sans relâche à votre Représentation Nationale constitue la lumière qui guide ses pas dans l'action qu'elle entreprend pour aplanir les obstacles, pour vous aider à assumer avec responsabilité et sérénité les séquelles d'une décennie de déchirement, pour exprimer, en votre nom, la compassion pour les victimes des actes odieux de la barbarie humaine mais aussi la clémence pour ceux qui réprouvent aujourd'hui les voies de la violence et refusent d'être les ennemis de leur peuple.

Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous exprimez, au nom du peuple Djiboutien, toutes nos félicitations.

Le nouveau Parlement Somalien a choisi pour la Somalie, à l'aube de sa renaissance, un Président de la République cumulant les qualités du profond croyant, du Somalien intègre dans lequel se sont accomplies les qualités de l'homme politique aguerri, du réformateur averti, du citoyen qui puise dans le patrimoine intellectuel de son peuple tous les éléments à l'origine de la prospérité de sa civilisation.

Je suis convaincu, Monsieur le Président, qu'à chaque fois que vous irez à la rencontre de votre Communauté, vous continuerez à répandre l'enthousiasme dans les cœurs, vous dissiperez l'obscurité des années de folie humaine et vous obtiendrez l'adhésion de votre peuple dans l'œuvre d'édification d'un État moderne et de reconstruction nationale.

Je suis convaincu, Monsieur le Président, que le Parlement qui vous a désigné, n'aurait pas fait le choix de vous porter à la magistrature suprême si vous ne la méritiez pas. Mais vos compatriotes ont observé vos aptitudes et appréciez vos qualités et votre droiture.

Aujourd'hui les vœux de votre peuple et de ses Représentants se rejoignent en vous car ensemble ils ont pu se rendre compte de votre esprit de décision, de votre sens de responsabilité, de vos capacités, de votre expérience et de votre amour jaloux de votre patrie.

Dans cette nouvelle ère, la Représentation Nationale Somalienne vous recommande votre pays pour sauvegarder son indépendance, pour défendre son unité historique et territoriale et pour qu'il ne soit porté atteinte à sa liberté et à son intégrité.

Excellences,

Mesdames et Messieurs,

Il est de mon devoir de remercier amplement le peuple Djiboutien et de lui rendre un vibrant hommage pour n'avoir ménagé aucun sacrifice afin que le peuple frère Somalien recouvre son droit imprescriptible de jouir de la paix, de la sécurité, de la quiétude et édifier un avenir prospère qui rétablit la vie digne de ses enfants.

Pour conclure, Excellences, Mesdames, et Messieurs, permettez-moi au nom du peuple Djiboutien d'exprimer le conseil le plus riche qu'un peuple frère puisse donner à son frère, celui de marquer votre pensée, votre vie, et votre comportement collectif et individuel du sceau de la modération et de l'attachement au juste milieu. Soyez le peuple pour lequel la vie a pour base l'équilibre et l'harmonie, la complémentarité et l'entente.

Je vous remercie.