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ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

A L'OCCASION DE LA JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME

 

Le 8 Mars 2000

Madame la Ministre,

Honorables invités,

Mesdames et Messieurs,

Chers compatriotes,

Je voudrais de prime d'abord remercier toutes les personnes présentes aujourd'hui pour célébrer ensemble la 1ère Journée Internationale de la femme du nouveau millénaire.

Nous sommes réunis aujourd'hui non pas pour faire de la rhétorique mais pour dresser un bilan des progrès accomplis en faveur de la femme et de ceux qui restent à accomplir. La première conférence sur la femme qui a eu lieu en Mexique en 1975 avait souligné les Égalités de Développement et de la paix comme thèmes universels.

Aujourd'hui, 25 ans après, ce sont les mêmes mots qui sont à l'ordre du jour.

Cette journée du 8 Mars de l'an 2000 est une occasion précieuse pour les pays africains et pour la République de Djibouti en particulier de se pencher sans complaisance sur les inégalités qui demeurent entre les femmes et les hommes et la marginalisation regrettable que les femmes subissent dans nos processus de développement.

Certes les femmes ont beaucoup acquis en matière de santé, d'éducation, d'égalité face au droit, mais surtout elles ont fait valoir la reconnaissance de leurs droits humains. Toutefois, les dernières données nous montrent qu'il nous reste un long chemin à parcourir pour que l'égalité entre les femmes et les hommes devienne un fait et pour que les barrières traditionnelles tombent.

Au cours des dernières décennies, les situations de vie des femmes se sont considérablement diversifiées parfois par choix, quelquefois par défaut : aux côtés des mères au foyer, s'alignent dorénavant les mères seules, les femmes au travail ou pas, mais aussi les femmes de carrière, les femmes très scolarisées et les femmes analphabètes.

Deux tiers des humains analphabètes dans le monde sont des femmes. En République de Djibouti, les femmes analphabètes représentent 57% de la population. Moins de 50% des jeunes de 14 à 20 ans fréquentent l'école. Parmi ces enfants, les filles sont les plus touchées par les déperditions scolaires car elles s'acquittent à la fois de leurs obligations scolaires et de leurs tâches domestiques. En secondaire, les filles représentent seulement 24%.

La raison de cet échec pour notre Nation n'est pas qu'économique. Des pesanteurs Culturelles constituent sûrement la plus importante entrave à l'équilibre tant désiré en dépit de toutes les sommes d'énergie déployées par les pouvoirs publics.

Il faut être conscient que l'éducation de la fille et de la femme, en termes d'apprentissage de savoir, est un investissement pour accroître la potentialité humaine et économique de notre pays et donc réduire la pauvreté. Car comme tout le monde le sait, " éduquer une fille, c'est éduquer une nation ".

Soixante dix pour cent de la population pauvre dans le monde est féminine. Le taux de dépendance économique de la femme djiboutienne est de 105%. Pour subvenir à leurs besoins, du fait des contraintes familiales et de leur faible niveau d'instruction, la grande majorité des femmes à Djibouti s'orientent vers le secteur informel, 32% pour les femmes contre 9% pour les hommes. Les femmes veulent obtenir les moyens économiques et politiques pour participer à la construction de leur Nation.

Elles veulent le changement pour assurer un avenir différent à leurs enfants avec de réelles opportunités.

En matière de santé, les chiffres demeurent alarmants malgré les progrès entrepris par le Gouvernement pour améliorer la situation sanitaire de la femme Djiboutienne.

Le taux de mortalité maternelle est estimé à 740 pour mille naissances vivantes et le taux de mortalité infantile représente 115 pour mille nouveau-nés. Les raisons sont multiples à savoir les pratiques traditionnelles, les retards à l'hospitalisation, la malnutrition des mères.

Par ailleurs si notre lutte au déficit budgétaire exerce beaucoup de pression sur les acquis sociaux dont certains sont précieux pour les femmes et si on donne l'impression que pour aider un groupe, il faut parfois diminuer les ressources à un autre, fort heureusement quels que soient leurs âges et leur statut, les femmes, en raison des rôles sociaux qu'elles exercent, se reconnaissent dans certaines valeurs sur lesquelles elles peuvent fonder un dialogue entre elles et une solidarité qui est essentielle plus que jamais.

Dans notre société où les hommes s'approprient une grande part du pouvoir, les femmes font plutôt appel à la coopération qu'à la concurrence pour créer des liens ; elles ont tendance à favoriser la collaboration et le consensus.

Dans cette perspective, que ce soit dans la vie professionnelle, sociale ou privée, les jeunes femmes et nos aînées peuvent nous aider à réintroduire la solidarité dans notre société ; en nous faisant partager leur regard sur la vie, elles joueront un rôle actif dans notre société.

 Mesdames et Messieurs,

À travers le monde et particulièrement sur le continent africain, les dernières décennies ont été marqués par des conflits politiques et socioculturels graves. Nous savons tous que beaucoup de progrès ont été accomplis mais que bon nombres d'actions n'ont encore eu de répercussion sur la prévention des conflits.

Aujourd'hui, au-delà des frontières et des clivages sociaux, culturels, religieux, ethniques, les femmes se retrouvent unies par une détermination commune à revendiquer leurs droits et à crier face à la violence, aux guerres et aux conflits ethniques dont elles et les enfants sont les premières victimes. 80% des personnes déplacées et réfugiées sont des femmes et des enfants. La plupart de ces femmes se battent au quotidien pour élever et protéger leurs enfants. Si les droits fondamentaux des femmes sont si souvent bafoués, c'est une partie parce que les violations sont fréquemment passées sous silence.

La femme doit être un principal acteur avec l'homme dans le processus de paix. Elles veulent et elles doivent, participer au pouvoir et à la prévention et résolution des conflits. Pour ma part je ne vois pas comment une Nation peut aller de l'avant si la moitié de sa population est écartée lors des prises de décisions.

Je ne demande pas simplement aujourd'hui au gouvernement et aux décideurs économiques de s'engager sur une énième déclaration en faveur des droits des femmes. Je fais appel à une prise de conscience nationale sur la nécessité d'un partenariat et d'une complémentarité entre l'homme et la femme, pour assurer les valeurs fondamentales de la liberté, la démocratie et la paix dans notre pays.

Nous voyons que défi est important et ce n'est qu'avec notre volonté et nos efforts unis que nous pourrons y faire face pour assurer un avenir prometteur à nos enfants.

Il nous appartient de compter sur notre conscience collective pour avoir un pays où chacun est apprécié à sa juste valeur et où chacun a des chances égales pour s'épanouir et prospérer. Là est la notion de responsabilité partagée qui m'est particulièrement chère.

Je ne saurais terminer sans saluer le travail considérable de toutes les personnes qui ont fait preuve de solidarité et de courage pour préparer cette journée et, sans souhaiter à toutes les femmes djiboutiennes et du monde bonne fête ! ! !.

 Je vous remercie.