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DISCOURS DE SON EXCELLENCE MONSIEUR ISMAIL OMAR GUELLEH, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A L'OCCASION DU SOMMET MILLENAIRE DES NATIONS UNIES

 

Le 07 Septembre 2000

 

Madame et Monsieur les Co-Présidents

Monsieur le Secrétaire Général

Mesdames et Messieurs les Chefs d'État et de Gouvernement

Mesdames et Messieurs

 

En cette occasion historique où la communauté des Nations Unies se retrouve pour célébrer l'avènement du nouveau millénaire, je voudrais vous apporter ce message de paix et d'amitié du peuple djiboutien.

Je voudrais, avant tout, rendre un hommage appuyé au Secrétaire Général M. Kofi Annan pour la préparation de cette rencontre historique. Le rapport qu'il nous a soumis nous offre un large éventail d'idées et de propositions.

Avec la fin de la guerre froide, la montée de la mondialisation et l'explosion de l'ère de l'information, la décennie des années 90 fut capitale pour l'humanité. Par chance, l'aube du nouveau millénaire nous donna l'occasion de faire le point, de revoir nos programmes et de remanier nos priorités. Aux fins de ce sommet, les problèmes critiques auxquels l'humanité est confrontée ont été divisés en quatre catégories : la paix et la sécurité ; le développement, y compris l'élimination de la pauvreté ; les droits de l'homme ; et le renforcement des Nations Unies. En ce qui nous concerne, le problème qui nous semble le plus urgent est celui du développement et de l'élimination de la pauvreté.

Aujourd'hui, quelques trois milliards de personnes, soit près de la moitié de l'humanité, souffrent de faim ou de carences alimentaires graves. Dans un monde qui produit suffisamment de nourriture pour satisfaire les besoins de chaque homme, de chaque femme et de chaque enfant, voilà qui est totalement inacceptable. La faim est fille de la misère et pour les laissés-pour-compte, le désespoir qu'elle fait naître est à bien des égards à la source des quatre problèmes que nous traitons lors de ce sommet.

Le feu de brousse économique qui balaie notre planète aujourd'hui s'appelle mondialisation ; elle favorise la déréglementation des marchés, le libre échange et la privatisation. Mais dans de nombreuses régions du globe, en particulier en Afrique, plusieurs pays pauvres en développement se sont retrouvés piégés dans une "spirale d'appauvrissement et de désintégration sociale". Ne présentant aucun attrait pour les investisseurs privés étrangers, les pays qui affichaient des faibles niveaux d'épargne et d'investissement intérieurs se sont retrouvés dans une impasse. Les organismes de prêts internationaux, qui ont exigé que ces pays se serrent davantage la ceinture au nom des " politiques économiques rationnelles", semblent avoir contribué à faire empirer la crise.

En outre, pour que les pays pauvres puissent opérer un réel revirement et afficher une croissance vigoureuse, le problème terrible du fardeau de la dette doit être résolu. L'ajustement structurel préconise une réduction des dépenses internes afin que ces pays puissent accroître leurs exportations et rembourser leurs dettes. Mais les contraintes internes, le montant de l'endettement, la dégradation des termes de l'échange et l'accès toujours restreint aux marchés des pays développés font qu'actuellement, à l'ère numérique, les perspectives sont peu encourageantes.

Mesdames et Messieurs,

Pour pallier à cette situation, la CNUCED a proposé d'augmenter fortement au cours de cette décennie l'aide accordée à l'Afrique subsaharienne, qui devrait s'élever à 20 milliards de dollars des États-Unis. Cette aide devrait largement contribuer à faire progresser l'épargne et les investissements intérieurs et peut-être même permettre à la région d'afficher une croissance durable de 6%, ce qui, en retour, attirerait les investisseurs étrangers. Seuls les organismes publics de financement seraient en mesure de donner un tel coup de pouce aux pays en développement. Au niveau actuel de 10 milliards de dollars par an, l'APD ne joue pas son rôle de catalyseur de la croissance et se borne à perpétuer la dépendance par rapport à l'aide.

Comme le "Centre Sud " est venu nous le rappeler, le fait de partir à la quête du changement et des améliorations dans ces secteurs n'est pas synonyme de demande d'aide ou de "concessions" supplémentaires. Il s'assimile plutôt à la recherche de politiques, de mécanismes et de systèmes plus équitables, renforçant le processus de développement et donc l'ensemble de l'économie mondiale.

De toute évidence, le principal défi que nous devons relever aujourd'hui consiste à faire en sorte que la mondialisation devienne une force positive pour tous les peuples de la planète, riches et pauvres. La responsabilité de gérer les problèmes économiques internationaux, ainsi que les risques et les menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité, doit être partagée par tous. L'effondrement de l'économie mondiale représenterait la menace systémique la plus grave que l'on puisse imaginer pour l'ordre mondial. Pour l'éviter, le système mondial ne peut pas rester totalement indifférent au sort de la majorité des peuples du globe.

Nous sommes témoins de la mise en place d'un nouveau système de valeurs internationales et d'une prise de conscience générale, qui prend ses racines dans la Déclaration universelle des droits de l'homme. Nous avons d'une part, les droits que tout un chacun doit pouvoir exercer, dont la liberté d'expression et de conscience, libéré de la misère et de la crainte, le droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne, ne sont que quelques exemples.

Mais nous savons aujourd'hui que ces " droits" ne confèrent que des avantages limités sans un milieu social favorable et des moyens de subsistances au moins minimaux.

Mesdames et Messieurs

La principale menace qui pèse aujourd'hui sur la paix et la sécurité n'est plus l'agression extérieure des États contre d'autres États, mais la violence intérieure perpétrée contre des communautés et des individus. Elle a atteint des proportions de crise partout dans le monde, même si elle frappe démesurément l'Afrique, où, conflits, violation des droits de l'homme, destructions physiques, et déplacement généralisés ont anesthésié la communauté internationale.

L'incroyable sauvagerie de certains conflits et les souffrances inacceptables qu'ils infligent nous ont obligés à trouver de nouveaux moyens d'aider nos semblables pris dans l'étau des crises.

Dans cet ordre d'idée, nous devons activer et utiliser de toute urgence le nouveau Tribunal pénal international de façon à faire comparaître devant la justice les criminels qui défient la loi.

De toute évidence, il faut renforcer considérablement les capacités de maintien de la paix de l'Organisation des Nations Unies et pallier à ses faiblesses structurelles. Il convient en outre d'améliorer ses compétences en matière de maintien de la paix pour y inclure, comme ce fut le cas au Kosovo et au Timor oriental, l'administration civile.

Pour faire face efficacement à certaines crises, l'Organisation des Nations Unies doit pouvoir faire appel à ses États membres, qui peuvent lui fournir des contingents bien entraînés et bien équipés, prêts à intervenir rapidement pour ouvrir un passage qu'emprunteront les forces de maintien de la paix.

Mesdames et Messieurs,

L'élimination des conflits sous toutes leurs formes et l'établissement de la paix et de la sécurité sont au nombre des principales tâches qui nous attendent si nous voulons répondre à notre besoin le plus urgent : le développement et l'élimination de la pauvreté. A cet égard, le Secrétaire Général nous a lancé un immense défi : réduire de moitié le nombre d'habitants de la planète vivant dans l'extrême pauvreté d'ici à 2015. Cela représente près d'un milliard de personnes.

Ce résultat doit intervenir, tout le monde en convient, dans le contexte de la sacro-sainte économie de marché (qui balaie le globe). Mais le système de libre échange est cruel et impitoyable.

Les institutions multilatérales doivent donc maintenir l'ordre et faire appliquer les réglementations mondiales pour que règne la transparence et l'équité démocratiques. Dans le cas contraire, nous risquons de succomber à la tyrannie du marché et au chaos international.

L'effort doit être mondial, un effort collectif et international, avec au centre, les Nations Unies représentant les peuples et les États du monde.

C'est dans ce contexte, semble-t-il, que nous devons aborder la question du renforcement des Nations Unies. Il ne faut pas permettre que l'organisation soit de plus en plus marginalisée par nombre de dispositifs administratifs et de procédures introduits par certains États, alors qu'on lui refuse les fonds auxquels elle a légitimement droit. Le développement sera limité s'il est entre les mains des organismes spécialisés, loin de l'Organisation des Nations Unies. La paix sera incertaine si elle est largement entre les mains d'une Organisation des Nations Unies sous domination et d'un Conseil de sécurité qui n'est pas représentatif.

En conclusion, je voudrais réaffirmer notre foi en l'avenir de l'Organisation des Nations Unies. Le sort de nos populations est étroitement lié à son devenir.

Une Organisation restructurée, rendue plus efficace contribuera, j'en suis persuadé, à l'avènement d'une ère de paix et de prospérité pour tous.

 

Je vous remercie