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ALLOCUTION DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A L'OCCASION

DE LA JOURNEE DE REFLEXION DE LA JUSTICE

 

Le 19 février 2000

 
Honorables invités,

Mes chers concitoyens,

Je suis particulièrement heureux de cette initiative visant à engager le débat au sein de la communauté nationale sur la Justice du troisième millénaire qui lui convient.

Pour cette heureuse initiative qui fait suite aux premiers états généraux de l'Éducation Nationale, correspond d'une part, aux sentiments que je nourris pour la famille de la Justice à laquelle m'attache ma fonction de Président de la République, garant des institutions et d'autre part, rencontre mon vœu de voir la Justice de notre pays quittée sa citadelle, ce vestige du XXe siècle.

La façon dont la justice est rendue et la manière dont elle est vécue par nos concitoyens ; à ces questions, une seule journée de réflexion ne pouvait pas suffire. Aussi, j'ai demandé l'ouverture des états généraux de la Justice car il n'y a pas d'état de droit sans une bonne justice.

Je renouvelle mes remerciements à tous ceux qui ont porté ce projet de réflexion et tout d'abord au Ministre de la Justice, Monsieur IBRAHIM IDRISS DJIBRIL, et à tous les animateurs de la Justice.

La qualité de vos travaux permettra à nos concitoyens au nom desquels est dit le droit, de bénéficier d'une justice adaptée à notre temps tant dans ses structures que dans sa culture.

Mesdames et Messieurs,

Dans notre société où nous sommes analphabètes en matière de justice, si on ne me donne pas raison c'est que la Justice n'existe pas, si j'ai tort et que la Justice partage les responsabilités, c'est qu'il y a eu tricherie.

Aussi, il appartient à nous tous, qui construisons un état de droit et une démocratie effective de donner à la Justice sa place afin qu'elle exerce pleinement sa mission.

 J'ai pris mes fonctions de Chef de l'État avec une vision citoyenne, et les onze mois écoulés sont jalonnés d'œuvres réussies que nous avons entreprises.

Si des difficultés, du reste inévitables dans toute action humaine surgissent sur notre chemin, nous continuerons de placer notre action sous la protection du Tout-Puissant.

Aujourd'hui, le temps est venu de se fixer une grande ambition pour notre Justice.

La Justice, en portant le nom d'une vertu, n'est pas une question. Elle est une réponse à la demande de nos concitoyens d'accès au droit.

Face au droit positif, au droit charien ou au droit coutumier, la Justice n'est pas plurielle. La Justice est une et constitutionnellement garantie.

 La Justice est un principe fondamental du pacte démocratique, elle est la garante du principe d'égalité des citoyens et participe à la dignité humaine.

 Mesdames et Messieurs,

Si la Justice figure parmi mes priorités et demeure au cœur de mes préoccupations, c'est que je suis profondément convaincu qu'elle est le ciment de la cohésion nationale, le facteur décisif de la démocratisation en profondeur de notre société et le principal pilier de la consolidation de l'État de droit.

Par ailleurs, comme l'a affirmé le doyen du Conseil de l'Ordre des Avocats, Maître MARTINEZ, les bouleversements qui affectent le monde et concernent également notre pays, nous conduisent à élargir nos perspectives pour penser la Justice non seulement du point de vue éthique, politique et social, mais aussi du point de vue économique et de la prise de conscience de sa contribution au développement.

Ainsi, se trouvant confrontée à des nouveaux défis, la famille judiciaire se doit de les relever sans tarder si elle veut continuer à remplir sa noble mission et être en mesure d'accompagner les mutations de notre société.

Elle doit tenir compte de la rapidité et de la complexité de ces mutations pour être prête à les traiter avec célérité et compétence.

C'est pourquoi, j'attache la plus grande importance aux conclusions de vos débats et de vos rencontres avec les citoyens pour une Justice moderne, plus rapide, plus claire et plus proche.

J'exige du gouvernement des efforts budgétaires accrus pour la Justice, une rationalisation de la gestion et une généralisation de l'utilisation technique pour l'amélioration quantitative et qualitative de l'appareil juridique et judiciaire.

Mesdames et Messieurs,

La Justice n'est pas un domaine où seuls les moyens logistiques suffisent, bien qu'ils soient fondamentalement nécessaires.

La Justice, pour réussir sa mission et relever les défis qui lui sont lancés, ne saurait parvenir aux résultats escomptés que par un attachement renforcé, aux valeurs morales, à une éthique qui soit à tout épreuve, s'inspirant de notre religion et de notre tradition, et faite d'intégrité, de probité et d'impartialité.

Pour cela, il faut que toutes les volontés convergent vers un seul et même objectif, celui de faire de notre Justice une éthique en action, n'ayant d'autres fins que de servir le droit et de sauvegarder les intérêts des justiciables.

 Je vous remercie.