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ALLOCUTION DE S.E. MONSIEUR LE Président DE LA République

A L ‘OCCASION DU Déjeuner OFFERT EN SON HONNEUR

PAR LE Président DE LA République Française

 

le 25 mai 1999

  

Monsieur le Président de la République,

Permettez-moi de vous adresser, au nom de la  République  de  Djibouti,  à  vous personnellement, ainsi qu'au peuple français, nos chaleureux remerciements pour nous avoir donné, aujourd'hui, l'occasion de vérifier ensemble les liens indissolubles tissés entre nos deux pays par une histoire commune.

L'accueil chaleureux, la générosité de votre hospitalité et les gestes d'amitié que vous avez manifesté à mon égard et envers la délégation qui m'accompagne, depuis notre arrivée, portent la marque indélébile de la tradition d'ouverture que l'on connaît à votre pays.

Je suis convaincu que notre rencontre, au cours de cette première visite, répondra à notre aspiration pour une solidarité encore plus agissante entre nos deux Nations.

Monsieur le Président,

Le monde est à l'orée d'une nouvelle ère, synonyme de l'avènement d'une communauté humaine, fondée sur des réalités sociales, politiques, économiques, technologiques et culturelles en perpétuelle mutation.

Il nous est donné de mesurer, en cette fin de siècle, à leur juste valeur, l'importance des efforts consentis et les progrès réalisés par mon pays depuis son indépendance.

La République de Djibouti a ainsi pu faire face aux sacrifices requis pour sa liberté et son indépendance et au défi de la maîtrise de ses équilibres fondamentaux, sans entraver son développement économique, grâce à la vision du Président EL HADJ HASSAN GOULED APTIDON et à l'abnégation et au courage du peuple djiboutien.

Nous  mesurons, également, toute l'ampleur de la tache qui reste à accomplir par notre pays afin de lui permettre, fort de son patrimoine culturel, institutionnel et spirituel, de ses richesses naturelles et de ses potentialités humaines, d'accéder de plain-pied dans le monde du XXIème siècle.

En ces temps où le monde change considérablement, où la fin des affrontements idéologiques a fait surgir des différends d'une autre nature mais tout aussi dangereux, obligeant nos pays à chercher de nouveaux repères et à inventer des réponses, la République de Djibouti tente de franchir les obstacles qui se dressent sur sa route. Malgré les handicaps et les difficultés, notre pays poursuit résolument sa marche vers le développement.

Toutefois, notre pays doit opérer des mutations tout en sauvegardant et en valorisant les fondements culturels et civilisationnels qui ont forgé, à travers des siècles, son identité, façonnée par les apports des civilisations arabe et  africaine,  cimentée  par  les  valeurs spirituelles et morales de l'Islam dont l'humanisme enseigne la tolérance, le respect de l'autre, la solidarité, le sens de l'effort et l'aspiration au progrès.

Les défis que mon pays a à relever, dans un contexte d'attentes sociales multiples et pressantes sont nombreux.

Cependant la réforme de l'administration, la croissance économique et la création d'emplois, la mise à niveau compétitive du tissu économique, la réforme de notre système éducatif et de santé, la solidarité et la justice sociale sont autant de leviers qu'il est impératif pour nous d'actionner pour affronter ces défis.

A cet égard, les trois dernières années ont été grâce à un effort collectif, à la présence de la France à nos côtés et surtout par votre engagement  personnel,  une  période  de dépassement  à  l'issue  de  laquelle  la République de Djibouti s'est donnée les moyens pour se placer sur une trajectoire de croissance, dans un cadre macro-économique assaini et stabilisé.

 
Monsieur le Président,

L'évolution des contextes dans le monde, l'émergence de priorités nouvelles ou encore le fruit de l'expérience des coopérations antérieures, nous conduisent à évoluer dans nos thèmes d'action comme  dans nos démarches.

Aussi, mon pays s'est-il engagé par un processus de décentralisation administrative et politique volontariste, dans l'organisation des pouvoirs locaux qui auront à définir les conditions d'une démocratie participative, qui tienne compte tout à la fois des impératifs de l'Etat et des aspirations des citoyens et de leur organisation pour créer les conditions d'un développement équitable et durable.

Par cette démarche, nous entendons favoriser la consolidation de notre démocratie.

Je suis profondément convaincu que la politique de décentralisation doit devenir l'approche privilégiée dans la promotion du développement humain durable et de la gestion des  établissements  humains,  car  une communauté humaine est d'autant mieux gérée que les décisions la concernant sont prises à son niveau ; elle est d'autant mieux gouvernée que les instances qui la dirigent sont proches d'elle et désignées par elle sur une base démocratique.

Par ailleurs,  Monsieur  le  Président, l'expérience nous a montré que pour éviter la dépendance économique, nos populations doivent se mettre en position de porter leurs propres réponses à leurs propres projets et les actions de solidarité internationales doivent les y encourager.

Par l'adoption de cette démarche, nous procédons à l'application des valeurs d'équité et de respect inhérent à nos populations et à la mise en oeuvre de la dimension culturelle de la démocratie locale vécue au quotidien, que ce soit dans la vie économique, politique ou sociale.

Par cette approche plurielle, nous renouons l'activité économique, outre la création des biens et services, à des objectifs précis de dignité pour tous, de répartition équitable des ressources et des richesses renforçant ainsi le lien social entre les djiboutiens.

Par cette approche, enfin, nous visons à développer le concept d'une économie de prévention, qui valorise des modes de production,  d'organisation  créatrice  de richesses et respectueuse du milieu de vie des populations.

C'est dans ce combat, Monsieur le Président, pour une économie solidaire, pour une coopération dépassant la logique du don et s'impliquant dans l'appui à des projets économiques, que nous souhaiterions nous engager avec la France afin de rénover les pratiques anciennes et arriver à identifier et porter ensemble nos intérêts communs.

Cette démarche qui est centrée sur l'investissement humain dans le temps, favorise l'émergence de situations dans lesquelles nos populations peuvent exprimer et faire valoir leurs droits et leurs devoirs.

Si, Monsieur le Président, l'objectif commun à la communauté internationale est de formuler une approche de la coopération entre les Nations telle que nous la concevons et fondée sur le respect de l'homme, de sa culture et de sa dignité.

Alors, c'est tout naturellement que les djiboutiens sont ravis par le courage que vous ne cessez d'insuffler au quotidien, à cette communauté  internationale  tout  entière, l'espoir toujours grandissant d'un monde meilleur, ancré dans la paix et la solidarité.

Et le bilan de votre action est la preuve, s'il en était besoin, de l'esprit d'imagination, de l'audace et du pragmatisme avec lesquels vous assumez votre haute mission au service de la prospérité et de la grandeur de votre Nation et de la coopération entre les Nations.

Monsieur le Président,

Les jalons de la coopération entre la France et Djibouti posés, il y a plus de vingt deux ans, ont permis à nos deux pays de devenir de véritables partenaires. Il nous faut, désormais, amplifier cette coopération pour lui conserver son mouvement fécondant et conserver les acquis précieux.

La  libéralisation  du  commerce, des investissements et des flux financiers ont entraîné une mondialisation de la production et des marchés, mettant ainsi à la disposition des économies de pays tel que le mien, d'énormes possibilités d'expression.

Néanmoins, la situation spécifique de la République de Djibouti mérite une attention particulière.

En effet, aux contraintes de la géographie et du climat, s'ajoutent la faiblesse des infrastructures et des ressources humaines, 1'insuffisance des   investissements et l'asymétrie défavorable dans la structure des recettes  d'exportation  et  des  dépenses d'importation.

Ces handicaps endogènes à la structure même de notre système économique, ont été malheureusement aggravés par la tourmente du conflit fratricide qui a non seulement engendré des pertes en vies humaines mais également des coûts économiques et sociaux très élevés, qui se prolongent jusqu'à ce jour.

Si dans le courant du deuxième semestre de cette année, notre pays a grandement espoir d'accéder, dans le cadre de son programme d'ajustement  structurel,  à la Facilité d'Ajustement Structurelle Renforcée, il ne demeure pas moins qu'une dure réalité persiste.

En effet, au moment où nous assistons à une diminution régulière de l'Aide Publique au Développement et que l'Investissement Direct ne permet pas, à ce jour, de compenser cette baisse,  nous  assistons  parallèlement  à l'augmentation de notre fardeau, déjà écrasant, de notre endettement, en particulier celui de l'Etat envers ses fournisseurs de biens et services.

Pour relever ces défis, la République de Djibouti a courageusement restructuré son économie  pour  l'intégrer  dans  son environnement immédiat et plus généralement dans l'économie mondiale.

 
Toutefois, le principal défi qu'il nous appartient de relever aujourd'hui, est de pouvoir solder définitivement cette dette afin de conduire, à bon port, notre politique d'assainissement macro-économique.

L'engagement de la France à nos côtés et votre  indéfectible  soutien,  Monsieur  le Président, constituent pour nous une source d'espoir de voir votre pays se porter en tête de nos amis pour nous soutenir auprès de l'Union Européenne afin que celle-ci nous aide à résorber cette dette intérieure.

La confiance qui lie nos deux Nations et que percevons aujourd'hui tout autour de nous, est la meilleure manière de libérer les énergies en République de Djibouti et dont le réveil fera entrer notre pays dans une ère de croissance, de progrès et de prospérité.

J'espère, Monsieur le Président, voir la solidarité agissante de votre pays à notre égard donner naissance au renouveau économique de Djibouti. Personnellement vous en avez le cœur et votre pays en a les moyens.

Monsieur le Président,

Aujourd'hui, ma pensée va au Sage de Djibouti et de toute l'Afrique de l'Est, le Président EL HADJ HASSAN GOULED APTIDON, dont l'action, désormais attachée aux idéaux de paix, de dialogue et de fraternité humaine qui sont à tout jamais la raison d'être de notre Nation et une des lumières qui a dominée notre temps et notre continent et qui devra, pour l'avenir continuer d'éclairer notre marche.

Pour ma part, je n'aurai jamais fini de mesurer, avec un profond respect, sa fidélité à la sauvegarde de la vie humaine, à la noblesse de ses propos lors de l'Assemblée Générale des Nations Unies en septembre 1977, où pour la première fois on découvrait un chef d'État africain pétri des idéaux de la Déclaration des Droits de l'homme, clamé à la face du monde son attachement et l'attachement de son pays à oeuvrer sans relâche pour étendre à la planète entière la culture de paix qui demeure celle de son peuple.

Le  Président  El  HADJ  HASSAN GOULED, créateur d'un oasis de paix au milieu d'un désert de souffrance, sera, certainement, de ces hommes qui se sont donnés pour mission de servir le dialogue et la fraternité humaine, au point que l'on pourrait dire d'eux que «l'esprit de Paix les a élus pour être ses hérauts».

Monsieur le Président,

Permettez-moi de préciser ce que le mot réconciliation revêt comme notion pour notre peuple.

La réconciliation exprime pour nous l'amour de la paix, en sachant mettre tout en oeuvre pour prévenir les conflits, pour élever dans l'esprit des hommes, les barrières que l'on opposera à la guerre.

Mais quand la guerre se déclare avec son cortège de souffrances qui attise les rancœurs, il faut que la Paix puisse être servie par cette vertu qui est la capacité à se réconcilier.

Pour tous les hommes et les femmes épris de paix, ce mot de réconciliation est l'expression même du courage et du sens du dépassement.

La Paix qui grandit l'homme est celle que nous appris El HADJ HASSAN GOULED APTIDON, celle où le courage de pardonner rencontre chez l'autre, chez celui qui n'est plus un ennemi parce qu'il a accepté d'entrer avec vous en dialogue, la même disposition, la même vertu qu'exige la réconciliation.

C'est dans cet état d'esprit, que les djiboutiens ont pu ramener la paix dans leur demeure, en 1994 sans aucune intervention extérieure et cela sous le regard témoin des citoyens français installés à Djibouti et membres à part entière de notre Communauté.

Monsieur le Président,

La République de Djibouti est un pays de brassage de civilisations et carrefour de cultures. Mais Djibouti est avant tout le lieu où, dans cette partie du monde, ses habitants se nourrissent et s'enrichissent, au quotidien, de l'apport unique de chacun des membres de cette famille qu'est la Francophonie.

Une famille francophone qui symbolise pour nous le caractère universel et la vocation humaine des idéaux qui sous-tendent notre communauté.

Une famille francophone qui symbolise également notre attachement à la langue française et notre volonté de nous y appuyer pour resserrer toujours davantage nos liens et pour pouvoir chanter avec plus d’ardeur notre africanité et notre appartenance au monde arabo-islamique.

Je souhaiterais, Monsieur le Président, pour terminer mon propos, vous renouveler ainsi qu'au peuple français, nos sentiments de profonde gratitude, pour nous avoir accueillis, traduisant ainsi les liens de fraternité que nos deux Nations ont su tisser et que le partage d'un destin commun nous sert de levain et de source d'inspiration dans l’effort commun pour les batailles du futur.

 

JE VOUS REMERCIE POUR VOTRE AIMABLE ATTENTION.