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ALLOCUTION DU Président DE LA REPUBLIQUE A L'OCCASION DE LA Célébration DE LA Journée MONDIALE DE L'ALIMENTATION

16 OCTOBRE 1999

 

- Messieurs les Ministres,

- Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

- Messieurs les Représentants des Organisations Internationales,

- Excellences

- Mesdames et Messieurs,

Placée sous le thème " les jeunes contre la faim ", la Journée Mondiale de l'Alimentation que nous célébrons aujourd'hui revêt une double signification qui ne doit guère nous échapper.

C'est la journée internationale de toutes les victimes de la faim, de tous les êtres humains qui vivent en dessous du seuil de pauvreté extrême.

C'est aussi la journée nationale du redémarrage, sur des nouvelles bases, des activités de l'agriculture, de l'élevage et de la pêche.

Mesdames et Messieurs,

A l'heure où la révolution informationnelle et les progrès scientifiques de la biotechnologie, autorisent déjà un taux de croissance agricole globale nettement supérieur au croît démographique, il est inacceptable que 800 Millions de personnes dont 200 Millions d'enfants de moins de 5 ans souffrent encore de la faim et de la malnutrition ; que 1,2 Milliard n'aient pas accès à l'eau potable ; que 13 Millions de personnes meurent de faim chaque année.

Jamais notre monde n'a offert autant de possibilités et pourtant jamais autant d'hommes, de femmes et d'enfants n'ont souffert de la faim.

Nous vivons une époque paradoxale, meurtrie par les souffrances et les fractures sociales et en même temps porteur de nouveaux espoirs et de nouvelles aventures.

Comment imaginer des îlots de prospérité dans un monde où la misère s'approfondit ?

A l'évidence, le plus grand défi du 21ème siècle, c'est la pauvreté et son cortège de famine et de malnutrition.

Face à l'ampleur d'une telle situation, que pouvons-nous faire, que devons-nous faire ?

Il m'apparaît à l'évidence que la seule alternative valable pour sortir de cette impasse est la voie de la solidarité mondiale et de la solidarité nationale .

Mais déjà, l'idée d'une mondialisation à visage humain, entonnée par les institutions de système des Nations Unies, depuis le Sommet Social de Copenhague de 1995 jusqu'à la récente Assemblée Annuelle du F.M.I. et de la Banque Mondiale, en passant par le Sommet Mondial de l'Alimentation de 1997, a fini par faire son chemin et ouvre à l'humanité de nouveaux horizons, un univers où on peut mieux vivre ensemble.

Oui, l'objectif noble de réduire de moitié d'ici l'an 2015, le nombre de personnes souffrant de la faim et de la malnutrition, a recueilli l'unanimité au cours de ces grands rendez-vous internationaux de la fin de ce siècle.

Permettez-moi de rendre hommage à cette poignée de dirigeants des grandes organisations internationales, qui par leur clairvoyance et leur charisme, ont su mobiliser l'humanité toute entière autour de cet objectif commun.

Mesdames et Messieurs,

Au moment où nous nous engageons à célébrer le prochain millénaire, la République de Djibouti joint sa voix à celles de tous les pays épris de solidarité et de fraternité pour affirmer son appui total à ce noble objectif. Tout en s'employant à panser les plaies ouvertes par les récentes calamités humaines et naturelles, elle se prépare déjà à jeter les bases d'une nouvelle stratégie.

Si les annonces de contribution d'équipements et d'intrants agricoles, faites par le Ministre de 1'Agriculture de l'Élevage et de la Mer, apportent un début de réponse à la première préoccupation du paysan Djiboutien, je vais pour ma part profiter de cette occasion, pour lancer du haut de cette tribune, les grandes lignes de la stratégie d'éco-développement rural participatif qui va guider nos actions dans le prochain millénaire.

Mesdames et Messieurs,

Deux décennies de recherche-développement, deux décennies de tâtonnements, nous permettent aujourd'hui de prendre du recul, d'analyser les faits en toute objectivité et ainsi de voir dans quelle mesure on peut infléchir les résistances aux changements, aux innovations technologiques.

Mesdames et Messieurs,

L'état de nos connaissances actuelles nous permet d'affirmer aujourd'hui, que la République de Djibouti recèle des richesses agricoles et halieutiques à la hauteur de ses ambitions.

Les terres facilement irrigables sont estimées à 10.000 hectares (ha) , dont à peine 10 % sont cultivées, les ressources halieutiques exploitables, sans dégrader la faune marine, s'élèvent à 33.000 tonnes par an alors que les prises annuelles sont du domaine du négligeable.

Dans le contexte environnemental de Djibouti, la valorisation rationnelle de ces ressources naturelles passe par la résolution de la problématique de l'eau.

Sans eau, point d'agriculture, point d'élevage économique. Sans eau, point d'exploitation substantielle des richesses halieutiques dont regorgent, la façade maritime Nord du pays. Et enfin, sans eau, point d'aménagement équilibré du Territoire, point de création de centre de vie durable en milieu rural.

A l'évidence, l'eau constitue la clé du développement rural et ce n'est que par la maîtrise de l'eau qu'on pourra valoriser les ressources naturelles de notre pays.

* Les activités de l'agriculture associées à l'élevage ainsi que celles de la pêche artisanale sont rentables, pourvu qu'on dote les acteurs du développement d'un savoir-faire et d'un capital initial de départ.

Et les jeunes sont les plus réceptifs, les plus aptes donc à assimiler les innovations technologiques.

Les agriculteurs du périmètre paysan d'Atar, d'origine nomade, et les démobilisés récemment convertis en pêcheurs sont là pour témoigner.

* Le Mouvement associatif et plus particulièrement les coopératives agricoles, constituent le meilleur " terreau " pour fructifier et le transfert du savoir-faire et l'injection du capital en faveur du monde rural.

Sans structure coopérative, sans organisation paysanne responsable, pas de développement rural.

Dans le passé, nous avons construit des infrastructures hydrauliques onéreuses. Elles se sont détériorées au fil des ans. On avait oublié des hommes. Des hommes regroupés au sein d'une association capable d'exprimer leurs besoins, mais aussi capable de défendre collectivement leurs ressources productives.

La Coopérative agricole féminine d'Ambouli et celle de la plaine du Gobaad, constituent un exemple frappant qui doit nous servir de référence.

Aussi, cette analyse sans complaisance, appelle les priorités suivantes :

- la maîtrise de l'eau, devra recevoir la priorité des priorités et ce au double regard de la préservation et de la valorisation des ressources productives dont certaines sont encore enclavées.

- La formation rapprochée des agriculteurs, éleveurs et pêcheurs devra être favorisée. Dans le cadre de la coopération sud-sud le Ministère de l'Agriculture va bénéficier de l'assistance technique de plus de 29 techniciens et ingénieurs qui viendront travailler avec vous pour vous apporter le savoir-faire qui vous manque cruellement.

La vulgarisation du système de micro-crédit à l'instar du modèle de Grameen Bank qui a permis de faire sortir de la famine de centaines des milliers des personnes du sous continent indien.

Je ne saurais terminer sans remercier les personnalités ici présentes, les coopératives, les organisations non gouvernementales et les autres invités qui ont bien voulu répondre à notre appel pour donner un éclat particulier à notre journée.

Je vous remercie.