Il y a des moments, dans la vie d'une Nation, où l'Histoire accélère. L'invention de la
machine à vapeur en a été un. L'électrification de nos villes et de nos foyers en a été
un autre. L'avènement d'Internet, il y a une génération à peine, en a été un
troisième. Aujourd'hui, mes chers compatriotes, nous vivons le quatrième de ces
moments : celui de l'intelligence artificielle.
Comme l'électricité irrigua chaque foyer, chaque usine, chaque hôpital, l'intelligence
artificielle irriguera chaque secteur de notre économie, chaque service de notre
administration, chaque salle de classe de notre pays. Ce n'est pas une technologie
parmi d'autres : c'est une infrastructure de l'esprit, une force qui redéfinit ce que
peuvent produire les nations, les entreprises, et les femmes et les hommes qui les
composent. Aucun pays, grand ou petit, ne pourra dire dans dix ans qu'il n'a pas eu à
choisir son rapport à cette révolution.
Certains pourraient penser qu'une nation de moins d'un million d'habitants n'a pas
sa place dans cette révolution. Je réponds, avec la conviction que me donnent
l'histoire et la géographie de notre pays : c'est précisément parce que Djibouti est
une petite nation stratégiquement placée qu'elle doit saisir cette opportunité en
premier, et non en dernier. Djibouti a toujours su transformer sa géographie en
destin : hier, carrefour des caravanes et des empires ; aujourd'hui, point de passage
d'une part considérable du commerce maritime mondial ; demain, j'en suis
convaincu, carrefour numérique de l'Afrique de l'Est. Ce que notre pays a su faire
pour les câbles sous-marins et pour les conteneurs, il doit désormais le faire pour les
données et pour les algorithmes.
La Vision Djibouti 2035 nous fixe un cap : celui d'une nation émergente, ouverte sur
le monde, fondée sur le savoir et la connaissance. L'intelligence artificielle n'est pas
une option supplémentaire ajoutée à cette vision : elle en est l'accélérateur le plus
puissant. Elle peut comprimer en une décennie des transformations qui, hier encore,
en exigeaient trois. Dans nos ports, dans nos écoles, dans nos hôpitaux, dans notre
administration, elle peut faire gagner à notre jeunesse le temps que d'autres
générations n'ont pas eu la chance de gagner.
Mais je veux être clair devant vous : cette révolution, nous la voulons souveraine.
Une intelligence artificielle pensée ailleurs, hébergée ailleurs, gouvernée par
d'autres, ne servirait pas Djibouti — elle ferait de Djibouti un simple marché pour les
technologies des autres. C'est pourquoi mon Gouvernement investit dans nos
propres infrastructures numériques, dans nos propres compétences, dans nos
propres données, dans notre propre capacité à décider, en toute indépendance, de
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la manière dont ces technologies serviront notre peuple. La souveraineté numérique
n'est pas un slogan : c'est la condition même de notre liberté de choix dans le siècle
qui vient.
L'intelligence artificielle est aussi une promesse économique considérable. Elle
diversifiera une économie encore trop concentrée sur les seuls services logistiques
et portuaires, en ouvrant de nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée. Elle créera
des emplois nouveaux — data scientists, ingénieurs, spécialistes de la cybersécurité,
entrepreneurs technologiques — pour une jeunesse djiboutienne qui n'attend
qu'une chose : que son pays lui fasse confiance et lui donne les outils de son
ambition. Elle attirera des investisseurs qui cherchent, en Afrique de l'Est, une porte
d'entrée fiable, connectée et stable. Et elle renforcera notre compétitivité régionale,
à l'heure où chaque nation de la Corne de l'Afrique, et bien au-delà, cherche sa
place dans cette nouvelle économie du savoir.
Mais — et j'insiste sur ce point, car il est au cœur de ma conviction la plus profonde
— l'intelligence artificielle ne vaudra que ce que vaudront les valeurs qui la portent.
Une intelligence artificielle qui ne profiterait qu'à quelques-uns, qui creuserait la
fracture entre nos villes et nos campagnes, entre les hommes et les femmes, entre
ceux qui parlent français et ceux qui parlent somali ou afar, ne serait pas une
intelligence artificielle digne de Djibouti. Je veux une intelligence artificielle au
service de l'humain, de la justice sociale, de l'inclusion de nos concitoyens en
situation de handicap, de nos femmes, de nos régions de l'intérieur. C'est le sens
profond de notre adhésion à la Recommandation de l'UNESCO sur l'éthique de
l'intelligence artificielle, que notre pays a pleinement faite sienne, et qui doit
demeurer la boussole de toutes nos décisions dans ce domaine.
Je veux que Djibouti devienne, dans la décennie qui vient, le pôle régional de
l'innovation numérique de la Corne de l'Afrique — un lieu où les meilleurs talents de
notre région viennent apprendre, chercher et entreprendre ; un lieu où se
conçoivent et se testent, dans un cadre sûr, éthique et maîtrisé, les solutions
d'intelligence artificielle qui serviront demain toute notre région et au-delà. Nous
avons la position, nous avons la volonté ; il nous reste à avoir, ensemble, l'audace.
Alors, à notre jeunesse, je m'adresse directement : ne craignez pas cette révolution,
emparez-vous en. Chaque ligne de code que vous écrirez, chaque problème que
vous résoudrez, sera une pierre de plus dans l'édifice de notre souveraineté
numérique. Votre pays a besoin de vous, et il vous fait confiance.
À nos chercheurs et à notre Université : le monde entier commence déjà à saluer
vos travaux. Je pense à ceux d'entre vous qui, dans une langue somalie trop
longtemps oubliée du numérique mondial, ont été distingués lors d'une conférence
scientifique internationale. Continuez : la Nation vous soutiendra, par le
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financement de la recherche, par des infrastructures dignes de votre talent, par la
reconnaissance que vous méritez.
Au secteur privé djiboutien : la loi sur les startups que nous avons promulguée est
faite pour vous. Osez investir, osez entreprendre, osez prendre des risques mesurés
: la Nation vous accompagne, et le bac à sable réglementaire que nous avons créé
vous offre l'espace pour expérimenter en toute sécurité.
Aux investisseurs internationaux qui nous écoutent : Djibouti vous offre la stabilité,
la connectivité et l'ambition. Venez bâtir avec nous ce hub numérique régional dont
l'Afrique de l'Est a besoin.
Aux partenaires internationaux — l'UNESCO, la CESAO, l'Union africaine, l'Union
européenne, les Nations Unies et tous ceux qui nous accompagnent : votre
confiance nous honore, et nous entendons continuer de marcher à vos côtés, dans
le respect mutuel et l'exigence partagée d'une intelligence artificielle éthique et
inclusive.
Et à notre diaspora, dispersée sur tous les continents : votre pays a besoin de votre
savoir, de vos réseaux, de votre talent. Revenez, investissez, transmettez. Djibouti
vous attend, et Djibouti vous appartient autant qu'à ceux qui n'ont jamais quitté son
sol.
Mesdames et Messieurs,
L'intelligence artificielle ne sera pas ce qui nous est imposé : elle sera ce que nous
choisirons d'en faire. Nous ne subirons pas cette révolution : nous la façonnerons, à
notre image, selon nos valeurs, au service de notre peuple. Comme nos pères ont
fait de notre position un carrefour du monde, faisons ensemble de notre esprit un
carrefour du savoir.
Vive la République,
Vive Djibouti,
Et que Dieu protège notre Nation.
